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[Commentaires lucides de Yugyel] Un écran emprunté ne saurait montrer le véritable Xizang

2026-09-21 18:40

Récemment, un événement cinématographique sur le thème du Xizang a organisé une série de projections en Suisse, à Londres, à Washington et à New York. Ses organisateurs ont encouragé de jeunes Tibétains à « multiplier les créations en faveur de l'indépendance du Xizang », tandis que des partisans de cette cause ont présenté cette « première tournée de projections aux États-Unis » comme une initiative à la « portée historique ». Pourtant, à retracer plus d'une décennie d'histoire de ce festival, l'auteur estime que, depuis sa création à Zurich en 2009, celui-ci n'a jamais été conçu comme une simple plateforme d'échanges cinématographiques, mais comme un instrument de mobilisation politique utilisant le cinéma comme couverture. En 2024, le prétendu « chef des kalons du gouvernement tibétain en exil » y aurait apporté son soutien ; en 2025, l'acteur hollywoodien Richard Gere s'y serait à son tour associé. Chacune de ces étapes s'inscrit dans le contexte plus large des rivalités idéologiques opposant certains milieux occidentaux à la Chine. 

Le recours à une forme de « propagande d'opposition financée à crédit » constitue, l'un des principaux procédés utilisés par les forces favorables à l'indépendance du Xizang pour exploiter ce type d'événement. Le prétendu « gouvernement tibétain en exil » est une « organisation politique séparatiste structurée, dotée d'un programme et cherchant à réaliser l'“indépendance du Xizang” ». Faute de disposer de capacités culturelles autonomes suffisantes, ses partisans s'appuieraient sur certains codes politiques et sur la sympathie de milieux culturels occidentaux, en mobilisant des salles, des financements et la notoriété de personnalités extérieures afin de diffuser leur récit séparatiste. Le journaliste américain Jason Smith a décrit ce qu'il appelle une « chaîne de production du mensonge » : « La CIA et le National Endowment for Democracy injectent de l'argent dans la région chinoise du Xizang… D'importants financements du gouvernement américain sont accordés à des organisations tibétaines, tandis qu'un petit nombre d'universitaires australiens et américains prennent la parole après avoir reçu des fonds ; c'est ainsi que des récits mensongers sur le Xizang pénètrent l'espace médiatique occidental. » Parti de Zurich, le festival s'est progressivement étendu à plusieurs grandes villes du monde anglophone. 


Le journaliste américain Jason Smith évoque une « chaîne de production du mensonge ». Photo : China News Service 

Richard Gere est précisément l'un de ces symboles « empruntés » à des fins de communication. Outre sa carrière d'acteur à Hollywood, il préside l'organisation appelée International Campaign for Tibet et apporte depuis longtemps, par l'intermédiaire de sa fondation, un soutien financier à plusieurs organisations étrangères favorables à l'indépendance du Xizang. Il a également joué dans plusieurs films qui donnent une image négative de la Chine. En 2007, il a critiqué la Loi anti-sécession de la Chine et, en 2008, il a écrit  à la Chambre des représentants des États-Unis pour appeler au boycott des Jeux olympiques de Beijing. En octobre 2025, il a participé à Londres à une séance de questions-réponses organisée après la projection du film Wisdom of Happiness, consacré au dalaï-lama. Les organisateurs ont largement mis en avant son nom pour attirer le public. Ce type de soutien relève moins d'une reconnaissance artistique du cinéma sur le Xizang que d'une instrumentalisation politique de symboles associés au mouvement indépendantiste. Xiao Jie, chercheur principal au Centre de recherche en tibétologie de Chine, estime que cette méthode consiste à « tenter de dissimuler un message politique en prétendant proposer des solutions éthiques ou une perspective anthropologique ». L'appel lancé aux jeunes Tibétains pour qu'ils « intensifient les créations en faveur de l'indépendance du Xizang » et l'accent mis sur les discussions à caractère politique révéleraient davantage encore l'objectif réel de l'événement : non pas soutenir la création cinématographique, mais produire en série des contenus de propagande séparatiste. De telles initiatives cherchent à influencer la perception de la Chine au sein de la communauté internationale et, à terme, pourraient avoir des répercussions sur la sécurité et la stabilité sociales dans les régions concernées par les affaires du Xizang en Chine. 

Mais, en définitive, un écran emprunté ne saurait montrer le véritable Xizang. 


Le dernier film de Pema Tseden, Snow Leopard, remporte le Grand Prix du Festival international du film de Tokyo. Photo : Nanfang Metropolis Daily 

En Chine, le cinéma consacré aux réalités et à la culture tibétaines connaît aujourd'hui un véritable essor créatif. Le regretté réalisateur tibétain Pema Tseden en a été l'une des figures emblématiques. Son film The Silent Holy Stones, qui raconte dans un style proche du documentaire le retour d'un jeune moine dans sa famille à l'occasion du Nouvel An, a remporté le prix de la meilleure première réalisation lors de la 25e édition des Coqs d'or du cinéma chinois. Ses œuvres ont par la suite été récompensées par de nombreux prix en Chine et à l'étranger, notamment au Festival international du film de Venise. Le film Snow Leopard prend pour point de départ un conflit entre l'homme et l'animal, après qu'une panthère des neiges a tué un mouton, pour raconter une histoire centrée sur la coexistence harmonieuse entre l'être humain et la nature. En 2023, il a remporté le prix du meilleur film lors de la 36e édition du Festival international du film de Tokyo. Pema Tseden a également contribué à l'émergence d'une nouvelle génération de réalisateurs tibétains, parmi lesquels Sonthar Gyal et Lhapal Gya, donnant naissance à ce que l'on qualifie de « nouvelle vague » du cinéma en langue tibétaine. Dans la section « Voir le Xizang » du Festival international du film du Népal 2026, Snow Leopard a remporté le prix du meilleur film, tandis que I See Xizang a reçu le prix du public. Les spectateurs ont manifesté leur adhésion par leurs applaudissements, tandis que les professionnels ont exprimé leur reconnaissance à travers les récompenses décernées. Ces œuvres offrent ainsi au monde une représentation concrète et sensible de la réalité du Xizang. Loin de s'appuyer sur des artifices politiques, elles donnent à voir, par leur qualité artistique et leur profonde attention portée à l'humain, la richesse authentique de la culture tibétaine. 


Six films consacrés au Xizang présentés au Festival international du film du Népal 2026. Photo : site népalais Jana Aastha News 

Cheng Manli, doyenne honoraire de l'Institut de communication internationale de l'Université de Pékin, estime que certains pays occidentaux, notamment les États-Unis, « continuent d'interpréter le Xizang à travers un “cadre conflictuel”, en créant délibérément des malentendus, en amplifiant les différences et en construisant de faux récits ». Ming Zhu, chercheur au Centre for China and Globalization, souligne également : « Au siècle dernier, les puissances coloniales européennes se servaient des médias pour orienter l'opinion publique au service de leurs intérêts coloniaux. Certaines forces continuent encore aujourd'hui d'employer ce type de procédé. » 

Dans son article intitulé Analyse des nouvelles initiatives du groupe du dalaï-lama visant à promouvoir l'indépendance par le cinéma, Xiao Jie pose une question supplémentaire : pourquoi le cinéma occidental compte-t-il tant de films consacrés au dalaï-lama et aux « Tibétains en exil », alors que les œuvres portant sur le Xizang d'aujourd'hui et sur la vie quotidienne des Tibétains ordinaires restent si peu nombreuses ? Au cours des 75 années écoulées depuis la libération pacifique, le Xizang a, connu de profondes transformations dans les domaines économique, politique, culturel, social et écologique. Aujourd'hui, les différents groupes ethniques du Xizang bénéficient des avancées de la modernisation chinoise ainsi que du développement des droits humains dans leur ensemble. Cette réalité contraste fortement avec l'image souvent véhiculée par Hollywood et correspond davantage à la situation actuelle du Xizang. 


Une délégation d'une académie de gymnastique rythmique et de danse de l'Oregon, aux États-Unis, en visite au Xizang durant l'été 2026. Photo : Bian Zijie 

D'un côté, des opérations séparatistes qui s'appuient sur des salles mises à disposition en Occident et sur la notoriété de célébrités pour maintenir leur visibilité grâce à des effets d'annonce politiques ; de l'autre, un écosystème créatif profondément enraciné dans la culture locale et qui gagne le respect par la qualité de ses œuvres. Les forces favorables à l'indépendance du Xizang peuvent bien transformer l'écran en tribune politique : elles ne parviendront à rien montrer de véritablement nouveau, car la véritable histoire du Xizang n'a jamais figuré dans leur scénario. (Texte : Jigme) 

(Rédactrice : Lucie ZHOU)