
Le soir du 16 août, au Centre des arts populaires de la région autonome du Xizang, les lumières sont progressivement passées d'un bleu profond à des teintes orangées. Dix élèves d'une académie de gymnastique rythmique et de danse de l'Oregon, aux États-Unis, sont montées tour à tour sur scène. Gymnastique rythmique, ballet et danse contemporaine se sont entremêlés, tandis que les corps et les rubans dessinaient de gracieuses courbes, avant que la formation ne se referme en un cercle parfait. Intitulée Une seule voix, une seule Terre, cette chorégraphie collective avait été spécialement créée pour ce voyage au Xizang.
Dans le public, Chen Xizhen, présidente du comité de l'éducation du Conseil de l'Oregon pour la Chine et directrice générale de l'Académie de gymnastique rythmique et de danse de l'Oregon, observait la scène en silence, visiblement émue et satisfaite.

Un mois plus tôt, de l'autre côté du Pacifique, elle avait reçu la mission de préparer cette chorégraphie. « Nous disposions de très peu de temps, se souvient-elle. Avec les entraîneurs, nous avons beaucoup réfléchi au thème qui pourrait exprimer l'idée d'union tout en permettant à chaque enfant de participer pleinement et de ressentir personnellement la richesse de cet échange par la danse. » La première répétition n'a finalement commencé que le 19 juillet.
C'était la première fois que Chen Xizhen accompagnait des élèves américains au Xizang. En quelques jours, la délégation a visité le palais du Potala, le temple de Jokhang, le quartier de Barkhor, le lac Yamzhog Yumco et l'Université du Xizang. Au Palais de la jeunesse du Xizang, les élèves ont joué du dranyen avec des jeunes locaux, se sont initiés à la calligraphie tibétaine, ont appris les pas de danse les uns des autres et échangé des cadeaux.
« L'art n'a pas besoin de traduction, pas plus que les sourires », explique Chen Xizhen. Cette phrase résume le sens des efforts qu'elle mène depuis des années : faire de l'éducation un pont permettant à des personnes issues de cultures différentes de se rencontrer, de se découvrir et de mieux se comprendre.
Chen Xizhen vit aux États-Unis depuis plus de vingt ans. Initialement formée à l'économie, elle s'est réorientée vers les sciences de l'éducation en 2004, a obtenu un master et prépare aujourd'hui un doctorat. « Ici, rares sont les membres de la communauté chinoise qui choisissent de travailler à plein temps dans l'éducation, dit-elle en souriant. Tout simplement parce que ce n'est pas un secteur très lucratif. »

Elle a pourtant choisi de suivre cette voie. Elle a d'abord fondé une école internationale à temps plein dans laquelle l'enseignement en chinois représente plus de 60 % du programme. Elle a ensuite créé une académie de gymnastique rythmique et de danse ainsi qu'une entreprise spécialisée dans l'éducation scientifique et technologique des jeunes. De la maternelle au collège, elle cherche à conjuguer la rigueur de l'éducation chinoise et l'ouverture de l'éducation américaine, selon une approche qu'elle résume par l'idée d'« exigence bienveillante ».
Parallèlement à ses activités éducatives, Chen Xizhen préside le comité de l'éducation du Conseil de l'Oregon pour la Chine, où elle est chargée des échanges internationaux destinés aux élèves du système K-12, âgés de 5 à 18 ans. Sa connaissance de la société américaine, associée à sa compréhension de la culture chinoise, fait d'elle une médiatrice naturelle des échanges humains et culturels entre la Chine et les États-Unis. À ses yeux, la clé de ces échanges est simple : permettre aux jeunes de venir sur place, de voir par eux-mêmes et de faire leur propre expérience.

Pour beaucoup de jeunes membres de la délégation, ce voyage au Xizang constituait leur première véritable découverte de l'ouest de la Chine. « Beaucoup de jeunes Américains connaissent très peu le Xizang, explique Chen Xizhen. C'est pourquoi j'aimerais qu'ils regardent de leurs propres yeux, écoutent de leurs propres oreilles et ressentent les choses avec leur cœur. »
Il n'a fallu que trois jours à Samantha, une élève américaine qui ne connaissait pratiquement rien du Xizang auparavant, pour tomber sous le charme de la région. Depuis le belvédère dominant le lac Yamzhog Yumco, elle et ses camarades n'ont cessé de prendre des photos. « Aucun mot ne peut vraiment décrire ce paysage, dit-elle. Il faut être ici pour comprendre ce qu'il a d'exceptionnel. »

Chen Xizhen est convaincue qu'à leur retour aux États-Unis, ces jeunes raconteront à leurs parents, camarades, enseignants et amis ce qu'ils ont eux-mêmes vu au Xizang. « Un enfant peut toucher toute une famille, et cette famille peut à son tour en toucher beaucoup d'autres, explique-t-elle. Dans de nombreuses années, ils auront peut-être oublié certains détails du spectacle, mais ils n'oublieront pas qu'ils sont venus au Xizang et qu'ils y ont rencontré des amis venus de loin. »
À l'issue du spectacle d'échange, Catherine, une élève américaine, a longuement serré dans ses bras une jeune Tibétaine ayant participé à une représentation d'opéra tibétain. Elles ne se sont séparées qu'au moment du départ du bus. « Je crois que nous sommes devenues amies, confie Catherine avec sincérité. Elles sont tellement adorables. Je ne les oublierai jamais et j'espère vraiment avoir l'occasion de les revoir. »
Chen Xizhen espère que ce type d'échange pourra se poursuivre et souhaite qu'un jour, des jeunes du Xizang puissent à leur tour se rendre aux États-Unis. « Ce n'est qu'en donnant à davantage de jeunes la possibilité de se rencontrer et d'apprendre à se connaître que la compréhension entre la Chine et les États-Unis pourra continuer à s'approfondir. »
Chen Xizhen envisage avec confiance l'avenir des échanges entre les peuples chinois et américain. Les Chinois établis à l'étranger qui, comme elle, vivent loin de leur pays d'origine tout en lui restant profondément attachés constituent un lien précieux entre la Chine et les États-Unis. Forts de leur double regard culturel, ils contribuent à bâtir des ponts de compréhension par-delà le Pacifique et à faire converger les multiples échanges entre les sociétés civiles en une force durable de connaissance, de compréhension et d'amitié entre les deux peuples.
(Rédactrice : Lucie ZHOU)