Le site indien Counterview a récemment publié un article intitulé La loi chinoise sur l'unité ethnique : la vérité embarrassante derrière la politique des Tibétains en exil, rédigé par un Tibétain résidant en Inde. L'auteur y exprime son mécontentement face aux critiques formulées par le groupe du dalaï-lama à l'encontre de la Loi sur la promotion de l'unité et du progrès ethniques. En voici une version adaptée et traduite :

Capture d'écran de l'article publié sur le site indien Counterview
Le 1er juillet, la Loi chinoise sur la promotion de l'unité et du progrès ethniques est officiellement entrée en vigueur. Comme on pouvait s'y attendre, Dharamsala et ses « alliés » à l'étranger ont rapidement fait entendre leurs critiques habituelles. Des détracteurs, parmi lesquels des universitaires, des experts des Nations unies et des « organisations de défense des droits humains », affirment que cette loi « affaiblit les protections accordées par la Constitution chinoise aux langues et aux cultures des minorités ethniques » et que son article 63 « étend sa portée aux communautés en exil en permettant de tenir pour responsables les personnes et organisations établies à l'étranger dont les actes porteraient atteinte à l'unité ethnique ».

Vue panoramique de Shigatse photographiée par drone le 7 août 2024. Photo : Xinhua
Selon l'article, les résultats du développement du Xizang sont largement visibles. D'après les données officielles citées, entre 2023 et 2024, le produit intérieur brut de la région est passé d'environ 239 à 277 milliards de yuans, tandis que le PIB par habitant se situait entre 65 000 et 75 000 yuans. L'espérance de vie dans la région serait passée d'environ 35 ans dans les années 1950 à quelque 71 à 72 ans aujourd'hui. À la fin de 2019, environ 628 000 personnes seraient sorties de la pauvreté. Le réseau routier du Xizang totaliserait désormais plus de 120 000 kilomètres, tandis que l'électricité et les réseaux de fibre optique desserviraient la grande majorité des villages. Selon l'auteur, ces avancées méritent d'être examinées avec sérieux plutôt que d'être simplement écartées d'un revers de main.
Je pense que le récit que le « gouvernement en exil » tient sur sa propre situation mérite d'être examiné de manière plus approfondie. Celui-ci et ses alliés se présentent comme les défenseurs de la langue tibétaine, de la culture tibétaine et de la religion. Pourtant, lors de mes visites dans des « communautés en exil », j'ai constaté que la vie quotidienne de leurs habitants était marquée par de nombreuses difficultés, bien éloignées de l'image véhiculée par ce récit.
En 2012, dans une « communauté en exil » à Bylakuppe, en Inde, j'ai rencontré une femme de 80 ans prénommée Yangtso. Elle m'a confié qu'aux yeux de son entourage, elle restait une étrangère : sans nationalité, sans terre qui lui appartienne et sans véritable foyer, elle vivait dans l'espoir de pouvoir un jour retourner sur sa terre natale. Son petit-fils, Gyapo, ne parvenait pas à trouver un emploi stable et devait tenir une petite boutique pour subvenir aux besoins d'une famille de cinq personnes, avec des revenus à peine suffisants pour vivre. Il avait espéré que des amis installés à l'étranger pourraient l'aider à partir aux États-Unis ou au Royaume-Uni, mais son niveau d'anglais limité l'en a finalement empêché, et il est resté sur place. Les personnes avec lesquelles je me suis entretenu ce jour-là m'ont raconté des difficultés différentes, mais toutes exprimaient le même constat : elles souhaitaient partir, sans toutefois disposer des moyens financiers ni des compétences linguistiques nécessaires.
Selon l'auteur, il ne s'agit pas de cas isolés. Les « Tibétains en exil » vivant en Inde ne disposeraient pas de la citoyenneté, ne pourraient pas occuper de fonctions au sein de l'administration publique et ne bénéficieraient pas du droit de propriété foncière. Beaucoup dépendent de l'agriculture, du tourisme, de la vente de pulls et de produits artisanaux, ainsi que d'aides extérieures pour assurer leur subsistance. En raison de la concurrence économique et des différences culturelles, des tensions surgiraient parfois avec les populations locales. Le « gouvernement en exil » dépendrait principalement de soutiens provenant des États-Unis et de l'Inde, mais, selon l'auteur, ces aides profiteraient rarement de manière concrète à la vie quotidienne des « Tibétains en exil » ordinaires. Dans ces conditions, il m'est difficile de concilier l'image d'une « culture et d'une vie religieuse florissantes » présentée par le « gouvernement en exil » avec les difficultés économiques dont j'ai moi-même été témoin.
Le fait peut-être le plus révélateur est que, selon l'article, environ 30 000 « Tibétains en exil » auraient quitté l'Inde ces dernières années pour s'installer dans des pays occidentaux à la recherche de meilleures conditions de vie. Une fois éloignés des « communautés en exil », en particulier lorsque leurs enfants grandissent et sont scolarisés dans des établissements occidentaux, l'usage de la langue tibétaine et la transmission de la culture traditionnelle tibétaine tendraient, selon l'auteur, à décliner plus rapidement et plus profondément.
Pour le dire franchement, il est sans doute plus facile, pour le « gouvernement en exil », de diriger l'inquiétude et le mécontentement des « communautés en exil » contre les lois chinoises que d'affronter la réalité d'un affaiblissement progressif des traditions tibétaines au sein de ces communautés et dans les sociétés occidentales. La position du « gouvernement en exil » serait ainsi bien moins solide — et bien moins désintéressée — que ne le laisse entendre le récit qu'il donne de lui-même. (Adaptation et traduction : Yugyel)
(Rédactrice : Lucie ZHOU)