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L'histoire d'un danseur tibétain et du spectacle de danse Tashi Shabdro

2026-05-29 18:06


Le 28 mars, à l'occasion du 67e anniversaire de l'émancipation d'un million de serfs au Xizang, Tashi Shabdro, premier spectacle chinois de danse à claquettes inspiré principalement du Duixie de Lhazê, inscrit au patrimoine culturel immatériel national, a été présenté en grande première au Théâtre de l'Opéra national de Chine, suscitant une vive émotion parmi les spectateurs.

Le soir de la première, lorsque les derniers claquements de pas se sont tus, un tonnerre d'applaudissements a éclaté dans la salle et s'est prolongé pendant plus de dix minutes. Les artistes ont salué le public avec émotion, tandis que Tenzin Norbu sentait enfin la pression retomber. « À cet instant, j'ai compris que nous avions réellement réussi. Nous ne dansions pas seulement pour nous-mêmes », se souvient-il plus tard avec un sourire. 

Dès sa création, le spectacle a reçu un accueil enthousiaste et de nombreuses critiques élogieuses. Mao Ning l'a également recommandé à la communauté internationale : « Que cette danse porte-bonheur venue des hauts plateaux enneigés monte sur la scène des échanges culturels mondiaux et permette au monde de découvrir la beauté du Xizang. » 

Nous avons rencontré Tenzin Norbu un après-midi d'avril à Beijing. Arrivé bien avant l'heure prévue, il portait un T-shirt noir à manches courtes et un collier de perles dzi suspendu à une corde autour du cou. Son regard et son attitude dégageaient cette assurance calme et cette élégance pleine d'énergie propres aux danseurs. 

« Lorsque le directeur artistique Wei Dong est venu me chercher, j'ai tout de suite eu le sentiment que le personnage de Dorjé me ressemblait beaucoup. Cela a profondément résonné en moi », confie humblement Tenzin Norbu en évoquant sa rencontre avec Tashi Shabdro. « Les Tibétains disent souvent : “Savoir marcher, c'est déjà savoir danser.” Sous cet angle, nous avons peut-être effectivement certaines dispositions naturelles pour la danse. » 

D'une petite cour de Lhassa au chemin de la danse 

Tenzin Norbu est né à Lhassa, au Xizang, dans une famille baignée d'une forte atmosphère artistique. Son père jouait du biwang, un instrument traditionnel tibétain à cordes frottées, tandis que sa mère pratiquait la danse guozhuang. Lors des fêtes, son père faisait souvent résonner les cordes dans la cour familiale, pendant que sa mère et les proches dansaient en cercle. « À l'époque, la cour était noire de monde. Dès que les premières notes retentissaient, tout le monde se mettait à tourner. Moi, je me glissais entre les jambes des adultes en essayant maladroitement de les imiter », se souvient-il, les yeux encore illuminés par ces souvenirs. 

À l'âge de 12 ans, Tenzin Norbu a été admis à la Troupe de chants et danses de la Région autonome du Xizang. Peu après, il a quitté les hauts plateaux pour rejoindre l'École secondaire de danse affiliée au Conservatoire de musique de Shenyang, où il a reçu une formation rigoureuse en ballet et en danse chinoise classique. Pour cet enfant venu du plateau tibétain, découvrir pour la première fois le Nord-Est de la Chine fut une expérience aussi inconnue que fascinante. Six ans plus tard, après avoir achevé ses études avec succès, il est retourné en 2008 à la Troupe de chants et danses du Xizang, où il a poursuivi sa carrière artistique. 

Claquettes du patrimoine immatériel : une pulsation singulière 

Le langage chorégraphique au cœur de Tashi Shabdro repose sur le Duixie de Lhazê, une forme traditionnelle tibétaine de chant et de danse reconnaissable à ses rythmes de claquettes caractéristiques. Le spectacle intègre également divers éléments issus des danses traditionnelles du Xizang, tels que le Luoxie, le Langma, le Xieqin et le Guoxie. 

« Sur les hauts plateaux, il fait froid et l'oxygène se fait rare. Les gens tapaient du pied pour se réchauffer, et peu à peu, un rythme est né sous leurs pas », raconte Tenzin Norbu en marquant doucement le sol de la pointe du pied, comme pour me faire sentir cette cadence. « À chaque frappe, la terre vous répond. Cette sensation puissante et profondément enracinée qui remonte du sol jusque dans le corps, voilà l'âme du Duixie. » 

« Les claquettes tibétaines sont très différentes des claquettes irlandaises. Dans ces dernières, tout repose principalement sur le jeu des jambes, tandis que le haut du corps reste presque immobile. Les claquettes tibétaines, elles, mobilisent l'ensemble du corps dans un mouvement coordonné. Certaines techniques exigent d'être “rapides, serrées et précises”, d'autres “profondes, puissantes et vivantes” », explique Tenzin Norbu. Dans les spectacles de claquettes tibétaines, les artistes doivent souvent danser, chanter et jouer du dranyen — un luth traditionnel tibétain — simultanément, réalisant ainsi une véritable fusion entre musique, chant et danse. Cette performance « trois-en-un » impose des exigences particulièrement élevées aux interprètes. 

Une amitié au-delà de la scène 

Dans le spectacle, Xia Tian, médecin venu apporter son aide au Xizang, et Dorjé, musicien tibétain, tissent sur les hauts plateaux enneigés une amitié forgée dans l'épreuve et la confiance absolue. Hors scène, Tenzin Norbu a lui aussi noué des liens profonds avec les membres de la troupe. 

« Lorsque je doutais de certaines interprétations, je demandais conseil à Pan Yongchao ou à Hu Yuting. Ce sont tous deux d'excellents danseurs, et j'ai énormément appris à leurs côtés », raconte-t-il. « Le metteur en scène exécutif Tashi m'a aussi beaucoup apporté. Il m'a aidé, pas à pas, à comprendre en profondeur le personnage de Dorjé âgé. » 

« Pendant les représentations d'essai à Lhassa, nous dansions tout en respirant de l'oxygène, tant le manque d'air et de repos était éprouvant. Le metteur en scène exécutif Tian Ye a continué à tenir malgré un gros rhume ; le lendemain, les examens ont révélé un emphysème pulmonaire. Toute l'équipe se donnait corps et âme, alors je ne pouvais pas me permettre de relâcher mes efforts. » 

« La maîtrise technique est essentielle, bien sûr, mais ce qui touche réellement le public, c'est la capacité à transmettre des émotions à travers la danse », souligne Tenzin Norbu avec sérieux. « Tashi Shabdro raconte une histoire humaine qui traverse deux générations. Le plus difficile est de faire ressentir au public cette amitié entre Xia Tian et moi, une amitié qui dépasse les appartenances ethniques, et de donner toute sa force à cette histoire émouvante de solidarité et de fraternité. » 

La rencontre des cultures au quotidien 

« Au fil de mes années d'apprentissage de la danse, j'ai eu la chance de rencontrer de nombreux amis issus de différentes ethnies. Ils apprécient énormément la culture tibétaine, et nous partons souvent ensemble en randonnée ou en camping, tout en échangeant sur nos modes de vie et nos traditions respectives », raconte Tenzin Norbu. « Nous discutons aussi des cultures chorégraphiques han et tibétaine, du travail d'interprétation des personnages, ainsi que des grandes œuvres chinoises et étrangères qui nous inspirent. » 

« Il n'y a pas longtemps, nous avons célébré avec ma femme notre premier anniversaire de mariage. Elle est originaire du Shandong. Depuis notre rencontre, puis notre histoire d'amour jusqu'à notre union, notre vie commune devient chaque jour plus riche et plus savoureuse », confie Tenzin Norbu d'une voix soudain plus timide en évoquant son épouse. Il raconte alors une anecdote avec amusement : « Au début, elle voulait apprendre la danse tibétaine. Elle était très motivée, et moi je lui enseignais avec beaucoup de sérieux. Mais je suis quelqu'un d'assez exigeant : je n'allais pas assouplir mes critères simplement parce que nous étions en couple. Après seulement deux séries de huit temps, elle m'a dit : “Ça y est, j'ai compris”, puis elle a arrêté. Elle avait compris l'esprit de la danse, mais elle a aussi réalisé que les mouvements ne s'improvisent pas en quelques gestes. » Norbu éclate de rire avant d'ajouter : « Elle respecte profondément nos traditions, elle sait toujours garder la juste mesure dans nos rapports, et elle est d'une grande simplicité. Nous faisons chacun des compromis pour l'autre, et peu à peu, nous nous sommes habitués à nos façons de vivre respectives. » 

Trois années de création, sans jamais perdre de vue l'intention première 

La création et la mise en scène de Tashi Shabdro ont nécessité plus de trois années de travail, mobilisant les efforts conjoints de nombreuses personnes. Dans les conditions difficiles des hauts plateaux, marquées par le manque d'oxygène, l'équipe n'a cessé d'expérimenter, cherchant un équilibre subtil entre tradition et innovation, tout en explorant de nouvelles possibilités dans la fusion entre danse et théâtre. Ce parcours illustre pleinement la coopération entre Beijing et le Xizang, ainsi que l'engagement partagé d'artistes de trois générations — anciens, adultes et jeunes. 

« Nous portions tous la même ambition : faire entrer la danse des hauts plateaux sur des scènes plus vastes. Au début, beaucoup pensaient qu'il serait impossible de transformer le Duixie en un véritable langage narratif capable de raconter une histoire complexe. Pourtant, nous y sommes parvenus. Ce n'est pas une simple “reproduction de symboles”, mais une fusion profonde entre la transmission du patrimoine immatériel, l'expression des émotions et l'écriture scénique », affirme Tenzin Norbu avec fierté. 

Toujours la prochaine œuvre 

« Tashi Shabdro est l'œuvre à laquelle j'ai consacré le plus d'attention ces derniers temps. Mais si vous me demandez laquelle est ma préférée… je dirais : “la prochaine” », répond Tenzin Norbu en souriant, avant de reprendre d'un ton plus sérieux : « Lorsqu'une œuvre arrive sur scène, ce n'est pas une fin, mais le commencement d'une nouvelle aventure. » 

Tashi Shabdro prévoit également une tournée nationale dans les années à venir. Les cordes continueront de vibrer, les claquettes de résonner, tandis que cette histoire de fraternité et de solidarité sera racontée étape après étape à un public toujours plus large. 

À la fin de l'entretien, je demande à Tenzin Norbu quel mot pourrait définir sa relation avec Tashi Shabdro. Après un instant de réflexion, il répond : « Peut-être “symbiose”. C'est comme une âme sœur artistique : deux âmes qui se mêlent sous les projecteurs et grandissent ensemble. À l'avenir, j'aimerais l'emmener encore plus loin. » 

(Rédactrice : Lucie ZHOU)