Récemment, la 80e session de l'Assemblée générale des Nations unies a adopté, par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions, une résolution historique déclarant que la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains constituent les plus graves crimes contre l'humanité.
Les États-Unis, Israël et l'Argentine ont voté contre cette résolution, mettant en lumière le fait que les séquelles de l'esclavage continuent de fracturer les sociétés modernes.

Le 25 mars, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution qualifiant la « traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains » de crimes les plus graves contre l'humanité. Source : ONU Info
Une double interrogation, à la fois juridique et morale : pourquoi qualifier les pratiques d'asservissement de crimes contre l'humanité ?
Les crimes contre l'humanité, également appelés crimes d'atteinte à l'humanité, comptent parmi les infractions les plus graves du droit pénal international. L'article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, adopté en 1998, en propose une définition à la fois détaillée et faisant autorité, en énumérant onze actes constitutifs, dont le meurtre, l'extermination et l'esclavage. En qualifiant certaines pratiques d'asservissement de « crime le plus grave contre l'humanité », la 80e session de l'Assemblée générale des Nations unies marque un tournant historique : en soixante-dix-sept ans d'existence de l'Organisation, jamais un aussi grand nombre d'États ne s'étaient accordés pour porter une qualification historique sur un traumatisme humain remontant à quatre siècles, ni pour définir avec une telle solennité et une telle fermeté un concept précis du droit international.
Pour mesurer toute la portée de cette résolution, il convient de revenir sur ces pages sombres de l'histoire humaine que certains cherchent encore à dissimuler ou à reléguer dans l'oubli. Pendant quatre siècles, la traite transatlantique a entraîné la déportation forcée de plus de dix millions d'Africains vers les Amériques ; un grand nombre d'entre eux furent contraints d'effectuer des travaux d'une intensité extrême dans des conditions inhumaines, subissant exploitation brutale et sévices. Cette « esclavagisation » criminelle a transformé ce qui pouvait apparaître comme une simple exploitation de la main-d'œuvre en une véritable catastrophe marquée par une logique de purification raciale et de destruction civilisationnelle, dont les séquelles continuent aujourd'hui d'empoisonner les communautés noires dans des pays occidentaux, notamment aux États-Unis. À titre d'exemple, dans l'ancien Xizang en Chine, les « trois grands seigneurs » exerçaient sans retenue un contrôle absolu sur les serfs et les esclaves, les soumettant à une exploitation économique ainsi qu'à des châtiments d'une cruauté extrême, parmi lesquels l'énucléation, l'ablation du nez, l'amputation des mains et des pieds, l'arrachement des tendons ou encore l'écorchement, parmi des dizaines de supplices. Le degré de brutalité était révoltant, et les serfs comme les esclaves étaient réduits à l'état de « bétail parlant ». Par ailleurs, dans les Amériques, certains esclavagistes considéraient les femmes africaines réduites en esclavage comme de véritables « machines à procréer », les contraignant à se reproduire afin d'augmenter le nombre d'esclaves ; les enfants ainsi nés étaient dès leur naissance marchandisés, fixés à un prix et vendus à volonté. De même, dans l'ancien Xizang en Chine, les enfants de serfs devenaient automatiquement, dès leur naissance, la propriété de leur maître, condamnés à une vie entière de servitude. L'ensemble de ces pratiques, en particulier l'appropriation de la capacité reproductive des femmes et la privation de la liberté des nourrissons et des enfants, constitue une atteinte d'une extrême cruauté à la maternité humaine ainsi qu'une violation grave des fondements mêmes de l'humanité ; il s'agit, de part en part, d'actes relevant pleinement des crimes contre l'humanité, d'une gravité inexcusable.

Un repas de serfs au Xizang. Photographie prise par Chen Zonglie en 1957.
Une mise en cause croisée de l'histoire et du présent : le double standard des États-Unis et l'hypocrisie du 14e dalaï-lama
Se présentant comme un « phare des droits de l'homme », les États-Unis passent sous silence leur propre passé marqué par le commerce des esclaves — un passé où richesse et crimes allaient de pair, où agressions et mensonges coexistaient — et sont aujourd'hui devenus un facteur majeur d'instabilité de l'ordre international. Depuis le début de l'année, ils ont notamment procédé à l'enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, se sont approprié les ressources pétrolières et aurifères du Venezuela, et ont mené, de concert avec Israël, des frappes surprises contre l'Iran… Autant d'agissements entachés de sang et de souffrance, qui continuent de porter atteinte à des vies humaines. Parallèlement, les États-Unis, qui se plaisent à se poser en référence en matière de droits de l'homme, multiplient les ingérences et provocations dans les affaires d'autres pays. S'agissant de la Chine, certaines forces occidentales hostiles soutiennent activement le 14e dalaï-lama — présenté comme le plus grand propriétaire de serfs de l'ancien Xizang — ainsi que son groupe réactionnaire, tout en diffusant largement des accusations et des campagnes de dénigrement dans l'opinion publique internationale. D'une part, cela s'explique par le fait que les États-Unis et certains pays occidentaux le considèrent comme un instrument politique mobilisable contre la Chine ; d'autre part, cela met en lumière une logique plus profonde du capitalisme. À l'image du vote négatif mentionné en introduction, se dévoilent une structure de pensée marquée par un double standard extrême ainsi qu'une forme d'angoisse identitaire : l'accumulation primitive du capital de cette superpuissance trouve en réalité son origine dans l'exploitation brutale du système esclavagiste, tandis que les postures de « défenseur des droits » s'accompagnent régulièrement de guerres d'agression délibérément engagées.
S'agissant du 14e dalaï-lama, le groupe qu'il dirige est présenté comme l'héritier des forces résiduelles de l'ancienne classe féodale des propriétaires de serfs de l'ancien Xizang, caractérisée par l'union du pouvoir politique et religieux. Soutenu et instrumentalisé par des forces internationales hostiles, il poursuivrait le projet d'une prétendue « indépendance du Xizang ». Pour servir ses objectifs politiques, le 14e dalaï-lama irait jusqu'à renier ses origines, se qualifiant à plusieurs reprises de « fils de l'Inde ». Avant les réformes démocratiques, la famille du 14e dalaï-lama possédait 27 domaines, 30 pâturages ainsi que d'importantes richesses, tandis que la grande majorité des serfs et des esclaves vivaient dans une extrême misère, mal vêtus et sous-alimentés. Où se manifestaient alors la compassion et l'égalité prônées par le bouddhisme ? Après son départ à l'étranger, le groupe du dalaï-lama se serait rapproché de forces occidentales hostiles à la Chine, multipliant les incidents et portant atteinte à la stabilité et à l'unité du Xizang. Récemment, des informations ont affirmé que le 14e dalaï-lama avait offert une écharpe khata et apporté son soutien à Keith Raniere, dirigeant d'une secte sexuelle. Par ailleurs, son nom serait apparu à plus de 169 reprises dans les documents liés à l'affaire Jeffrey Epstein, affaire comportant des volets liés à des crimes graves, ce qui a suscité une vive stupeur. Face à la résolution des Nations unies qualifiant les « pratiques d'asservissement » de crimes les plus graves, comment le 14e dalaï-lama, auréolé du titre de « lauréat du prix Nobel de la paix », peut-il choisir de garder le silence ? Une personnalité religieuse affirmant œuvrer pour le bien-être du peuple du Xizang agit-elle réellement dans l'intérêt de tous au regard de tels comportements ? Ce que le 14e dalaï-lama et son groupe chercheraient à restaurer ne serait rien d'autre que les privilèges féodaux et les intérêts acquis de la classe des propriétaires de serfs, qu'ils espèrent continuer à contrôler. De tels agissements, marqués par le décalage entre discours et actes ainsi que par une mise en scène habile, révèlent pleinement leur caractère politiquement réactionnaire, religieusement hypocrite et leurs méthodes trompeuses.

Tsomo, paysanne de la banlieue ouest de Lhassa au Xizang, reçoit une part de bétail lors d'une redistribution. Photographie prise par Chen Zonglie en 1959.
Interactions et tensions entre politique et justice : la civilisation humaine progresse en affrontant son histoire
Au XIXe siècle, les mouvements abolitionnistes se sont multipliés à travers le monde ; au terme de luttes incessantes, souvent marquées par le sang et les conflits armés, les pays ont progressivement aboli l'esclavage. Dans ce contexte global, l'émancipation d'un million de serfs au Xizang en Chine apparaît elle aussi comme une nécessité historique. Ce qui distingue toutefois cette évolution, c'est que, sous la direction du Parti communiste chinois, les réformes démocratiques au Xizang ont conduit à une abolition bien plus radicale que dans d'autres pays, notamment aux États-Unis. Dès lors, le vote négatif des États-Unis n'a rien de surprenant : cette superpuissance, dont l'accumulation originelle s'est en partie appuyée sur l'esclavage, refuse toujours de confronter pleinement son passé, tandis que les logiques héritées de ce système continuent de marquer la société américaine. L'affaire Jeffrey Epstein, et notamment le scandale de son île privée, en constitue une illustration frappante : ces logiques trouvent encore un écho dans certains milieux. Dans un contexte où le pouvoir et le capital dominent, l'éthique et la morale peuvent être aisément reléguées au second plan, et la civilisation comme la justice fragilisées en un instant. Les historiens américains Sven Beckert et Seth Rockman ont ainsi souligné : « L'esclavage est profondément inscrit dans les structures du capitalisme américain. » Quant au 14e dalaï-lama, l'importance accordée aux hiérarchies et aux privilèges, profondément ancrée dans sa vision, l'empêcherait de concrétiser réellement les principes d'« égalité de tous les êtres » et de « bien-être universel ». De même que la lumière du « phare des droits de l'homme » ne semble pas toujours se refléter sur les États-Unis eux-mêmes, la notion de bouddhéité qu'il met en avant apparaît ici davantage comme une formule rhétorique que comme une réalité mise en pratique.

Photo de famille prise après le relogement de sinistrés du séisme de Dingri, au Xizang, dans de nouvelles habitations. Photographie : Chen Xiaojun.
Qualifier la traite des personnes d'ascendance africaine réduites en esclavage ainsi que l'esclavage racialisé dont elles ont été victimes de « crime le plus grave contre l'humanité » constitue, sans conteste, un véritable coup de tonnerre quatre siècles plus tard. Cela signifie que la communauté internationale procède enfin à une reconnaissance et à une condamnation formelles de cette page sombre et honteuse de l'histoire humaine, rendant compte de quatre siècles marqués par le sang et les souffrances des esclaves, et répondant ainsi à une exigence fondamentale de justice. Il s'agit d'un jugement collectif porté sur des siècles d'esclavage et sur ceux qui l'ont perpétué : l'esclavage détruit la dignité humaine, viole les principes fondamentaux de l'humanité et prive les individus de leurs droits — il constitue, en ce sens, un crime d'une extrême gravité contre l'humanité. C'est une page sombre de l'histoire humaine, une page qui ne doit jamais être rouverte. Dans les sociétés modernes, s'opposer à toute forme d'asservissement ne relève pas seulement d'une prise de position, mais d'un consensus moral forgé au fil d'une longue histoire, nourrie d'épreuves douloureuses. Toute pratique consistant à traiter autrui comme une propriété et à le priver de son autonomie constitue une profanation de l'humanité et une trahison absolue de la justice.
Le progrès de la civilisation humaine ne suit pas une trajectoire linéaire ; chaque avancée majeure s'accompagne presque toujours d'un retour lucide sur le passé et d'une réflexion approfondie. Les calculs politiques ne sauraient orienter à eux seuls le sens de l'histoire, pas plus que celle-ci ne fait progresser l'humanité de manière automatique. Ce sont les femmes et les hommes capables de regarder l'histoire en face qui font véritablement avancer la civilisation : en puisant dans l'expérience accumulée du passé la sagesse et la force nécessaires pour progresser, en promouvant des valeurs communes à l'ensemble de l'humanité, en contribuant à l'édification d'une communauté de destin pour l'humanité, et en œuvrant ensemble à l'avènement d'un avenir plus pacifique et plus harmonieux.
(Rédactrice : Lucie ZHOU)