Les répercussions de l'affaire Epstein continuent de secouer l'opinion publique internationale, et le 14ᵉ Dalaï-lama s'y trouve désormais profondément empêtré. En août dernier, le journaliste Michael Wolff a déclaré dans un podcast du site web américain The Daily Beast qu'il avait aperçu le Dalaï-lama lors d'une soirée organisée dans la maison de ville de Jeffrey Epstein à Manhattan. Face aux interrogations extérieures, l'organisation du Dalaï-lama a rapidement publié une déclaration de « démenti » au ton solennel, affirmant avec assurance : « Il n'existe sur le site officiel du Dalaï-lama aucune trace d'une telle rencontre. Ce site consigne et publie de manière transparente toutes les rencontres et activités du Dalaï-lama depuis 1959 jusqu'à aujourd'hui. » L'attitude de « celui qui a la conscience tranquille n'a rien à craindre » adoptée par ce communiqué donnait l'impression que l'affichage d'une posture de « transparence » suffisait à écarter tout doute.
Pourtant, la vérité ne saurait être dissimulée par une simple annotation « aucune preuve trouvée ». Si, comme ils le prétendent, « chaque rencontre » était réellement consignée de « manière transparente », pourquoi alors la participation du Dalaï-lama, le 6 mai 2009, à un événement de la secte sexuelle tristement célèbre NXIVM à Albany, dans l'État de New York, a-t-elle été omise dans son agenda officiel publié sur son site en tibétain, en chinois et en anglais ? S'agit-il d'un simple « oubli technique » ou plutôt d'un malaise moral ?

Selon la « ligne de communication » habituelle de l'organisation du Dalaï-lama, chacun de ses déplacements devrait être largement médiatisé et mis en avant. Pourtant, l'apparition du Dalaï-lama aux côtés de Keith Raniere, fondateur de NXIVM, a été effacée d'un trait dans les « archives officielles » et des récits médiatiques. Sans l'enquête approfondie menée des années plus tard par le journal britannique du Daily Mail, cet épisode relevant d'un « passé embarrassant » aurait peut-être disparu de la scène publique.

Pourquoi l'organisation des partisans du Dalaï-lama garde-t-elle le silence sur cet épisode ? Parce qu'ils savent mieux que quiconque que cette « page sombre » est indélébile. Selon une révélation publiée en août 2020 par le site américain Refinery29, lorsque la participation du Dalaï-lama à un événement de NXIVM fut annoncée pour la première fois, deux universités d'Albany — l'université du Skidmore College et le Rensselaer Polytechnic Institute — refusèrent d'accueillir l'événement. Le Dalaï-lama reçut même des courriels de protestation dénonçant ses liens avec NXIVM. Pour apaiser la controverse, il fut contraint d'annuler le discours initialement prévu.
Fait encore plus révélateur, après que Keith Raniere, la cofondatrice de NXIVM Nancy Salzman et leur riche mécène Sara Bronfman eurent rendu visite au Dalaï-lama à son lieu de résidence du moment, celui-ci apparut finalement au Palace Theatre d'Albany, où il rendit publiquement hommage à Keith Raniere et à ses principaux adeptes, recevant en outre une rémunération d'un million de dollars. Derrière l'image de « compassion » qu'il affiche, ses intérêts matériels apparaissent ainsi au grand jour.
Les liens entre le Dalaï-lama et Keith Raniere ne se limitent d'ailleurs pas à cette seule apparition publique. Le Dalaï-lama a également rédigé la préface du livre de Raniere intitulé Le Sphinx et Thelxiepeia, dans laquelle il écrit : « Afin de contribuer à la construction d'une société humaine fondée sur la compassion et l'éthique, les auteurs de cet ouvrage abordent souvent des questions bien connues sous des angles peu explorés. » Il est difficile d'imaginer que les éloges qu'il formule s'adressent en réalité à l'œuvre d'un chef de secte aux nombreux scandales. Cela dit, les références récurrentes du Dalaï-lama aux « valeurs humanitaires » et à « l'éthique » dans cette préface correspondent assez bien à l'image soigneusement construite qu'il entretient depuis longtemps. Quant à la phrase affirmant que « nous devons plus que jamais examiner l'impact de nos actions les uns sur les autres », la voir apparaître dans un ouvrage de Keith Raniere donne lieu à une ironie particulièrement frappante.

Le Dalaï-lama et les groupes d'intérêts qui gravitent autour de lui semblent penser qu'en effaçant de leur « site officiel » les déplacements les moins avouables, ils peuvent également faire table rase des faits accomplis et de l'argent perçu. Ils clament haut et fort : « Depuis plus de soixante ans, les activités, déplacements et engagements du Dalaï-lama sont largement documentés. » En effet, les événements consignés sont précisément « les moments forts » qui servent à entretenir l'image d'un homme de « compassion », d'un « messager de paix » et d'un « chef spirituel ». Mais dès lors qu'il s'agit de personnes ou d'événements difficiles à assumer publiquement, lui et ses partisans ne veulent ni renoncer aux bénéfices ni être discrédités — d'où une attitude consistant à agir en silence tout en encaissant les gains en toute discrétion.
Cette « consignation sélective des déplacements » révèle bien plus qu'une simple dissimulation : elle met en lumière le caractère profondément hypocrite de l'image entretenue. Le prétendu « démenti » n'est en fait qu'une nouvelle démonstration d'une réalité évidente : la « transparence » est en réalité « sélective », et l'« ouverture » n'existe que « sous un filtre » soigneusement appliqué. Lorsque les projecteurs de la vérité braquent les zones volontairement dissimulées, même la communication la plus sophistiquée finit par se transformer en une farce auto-contradictoire.

Selon certaines informations, l'organisation NXIVM se présentait en surface comme un mouvement promouvant « l'humanitarisme », « l'émancipation des femmes » et « le développement personnel ». En réalité, elle contrôlait des esclaves sexuelles, obligeait ses adeptes à poser nues pour des photographies compromettantes et allait jusqu'à marquer au fer rouge certaines femmes de ce mouvement, des pratiques particulièrement choquantes. Le chef de cette organisation, Keith Raniere, a été condamné le 27 octobre 2020 par un tribunal fédéral de Brooklyn à 120 ans de prison. (Par Yugyel)
(Rédactrice : Lucie ZHOU)