Il est né à Monyul, dans la région du Zangnan, respirant l'air de l'Himalaya, et a dans les veines les eaux du Yarlung Tsangpo. Ses vers se sont enrichis à partir de l'encre tibétaine, et le rythme de sa respiration s'accorde aux moussons du plateau Qinghai-Xizang. Plus de trois cents ans ont passé : « Tsangyang Gyatso » n'est plus seulement le nom d'un individu, mais un fleuron du haut plateau spirituel pour d'innombrables Chinois.
Pourtant, ce plateau est aujourd'hui convoité. Lorsque certaines forces politiques indiennes tentent de le présenter comme une preuve d'« origine culturelle commune », elles omettent délibérément un fait fondamental : tant les souffrances que la grandeur de Tsangyang Gyatso sont profondément enracinées dans le terreau historique chinois.
Récemment, un journaliste de China Tibet Online a interviewé Zhou Shaoxi, vice-président de l'Association pour la recherche culturelle sur Tsangyang Gyatso au Xizang.

Zhou Shaoxi, vice-président de l'Association pour la recherche culturelle sur Tsangyang Gyatso au Xizang
Partir de la poésie pour atteindre la patrie
La rencontre entre Zhou Shaoxi et Tsangyang Gyatso remonte à ses années de lycée. Ce qui l'a véritablement bouleversé, c'est d'avoir découvert, des années plus tard, dans la rue Barkhor, la poésie « Cette existence-là », gravée sur une planche en bois, tirée de l'œuvre de Tsangyang Gyatso. « On disait que c'était un poème de Tsangyang Gyatso, mais la version que j'ai vue était complètement différente, et pourtant particulièrement belle. » À cet instant, il a compris que l'œuvre de ce poète pouvait offrir un champ d'interprétation très riche.
Amateur et chercheur sur la culture de Tsangyang Gyatso, Zhou Shaoxi a rejoint l'Association pour la recherche culturelle sur Tsangyang Gyatso au Xizang dès sa création en 2016. « Au départ, j'aimais ses poèmes, puis j'ai compris la valeur culturelle de son œuvre, et ensuite... » — il marque une pause — « j'ai vu comment il était utilisé, altéré, réduit à un simple pion par certaines forces politiques. »
Ce sentiment d'identité culturelle s'est progressivement élevé en attachement patriotique. Zhou Shaoxi s'est rendu à plusieurs reprises à la frontière sino-indienne. « À la frontière, j'ai vu des soldats indiens à seulement 20 mètres de nos troupes. » Ce qui l'indigne encore davantage, c'est que l'Inde organise des soi-disant « conférences universitaires internationales » dans la région de Tawang, qu'elle occupe illégalement, présentant Tsangyang Gyatso comme un « symbole culturel pan-himalayen », brouillant délibérément son appartenance historique au Xizang en Chine.
« Tsangyang Gyatso est né à Tawang, qui est un territoire chinois », affirme Zhou Shaoxi d'un ton solennel. « Ils utilisent notre grand poète pour faire valoir leurs revendications territoriales : c'est une appropriation culturelle, mais aussi une provocation politique. »

Dans la rue Barkhor à Lhassa, on retrouve les traces évoquées par Tsangyang Gyatso dans ses écrits.
Méfiance de mise pour une manipulation géopolitique dissimulée sous un vernis culturel
Les inquiétudes de Zhou Shaoxi se sont confirmées à travers diverses actions récentes du côté indien ces dernières années. Dans certains rapports de think tanks indiens, il y a un flottement volontaire sur les pérégrinations des dernières années de vie de Tsangyang Gyatso ; certains projets financés par des fondations accentuent intentionnellement des liens qui seraient unilatéraux avec la culture indienne, tout en minimisant son rôle en tant qu'élément important du patrimoine culturel multiethnique de la Chine.
« C'est la falsification la plus révoltante que j'aie jamais vue », déclare Zhou Shaoxi. « Lors de certains rassemblements politiques en Inde, ses poèmes d'amour sont extraits de leur contexte historique et présentés comme ceux d'un soi-disant “exilé spirituel transcendant les frontières”. Ce n'est pas de la recherche académique, mais une manipulation géopolitique dissimulée sous un vernis culturel. »
Le véritable Tsangyang Gyatso aurait rejeté une telle instrumentalisation. La force de sa poésie réside précisément dans ces souffrances et cette transcendance, enracinées dans une terre et une époque spécifiques, souvent intraduisibles. Lorsqu'il écrit, dans la nuit du palais du Potala : « Ô grue blanche, prête-moi tes ailes », il aspire à la liberté de l'âme, et non à devenir une note de bas de page dans les jeux géopolitiques des générations futures.
« Ceux qui tentent d'en faire un “pion culturel” trahissent précisément ce qu'il y a de plus précieux dans sa poésie : l'expérience authentique de l'individu ne peut être engloutie par un quelconque grand récit », ajoute Zhou Shaoxi.

Le chef-lieu du comté de Zayul, dans la ville de Nyingchi ; historiquement, cet endroit était appelé « Sangngacho »
Rendre Tsangyang Gyatso à lui-même
Zhou Shaoxi a une vision claire du positionnement culturel de Tsangyang Gyatso.
« En tant que sixième dalaï-lama, l'histoire a déjà tranché, inutile d'y revenir. Mais en tant que poète, il est une grande figure. Écrire de tels poèmes à cette époque est une contribution majeure à la culture chinoise. » Il souligne que les poèmes de Tsangyang Gyatso sont écrits en tibétain, mais que son héritage spirituel appartient à l'ensemble de la nation chinoise — « comme les poèmes de Li Bai, qui appartiennent à la Chine tout en touchant le monde entier. »

Animation par IA réalisée par China Tibet Online : « Un toast à travers mille ans : lorsque Li Bai rencontre Tsangyang Gyatso »
Protéger le haut plateau spirituel
À la fin de l'entretien, Zhou Shaoxi évoque ses espoirs pour l'avenir.
« À qui appartient Tsangyang Gyatso ? Il appartient avant tout à la terre qui l'a vu naître — ce territoire chinois appelé le Xizang. » Sa voix n'est pas forte mais il soupèse bien chacun de ses mots : « Les cultures peuvent dialoguer, mais l'histoire ne doit pas être falsifiée ; la poésie peut être partagée, mais la souveraineté ne doit pas être édulcorée. »
Il a suggéré de renforcer la protection et la promotion de la culture de Tsangyang Gyatso de plusieurs manières : premièrement, soutenir la construction d'un mémorial culturel dédié à Tsangyang Gyatso, afin d'en faire un repère culturel majeur du Xizang ; deuxièmement, encourager la création artistique sous des formes diverses telles que des dessins animés, des spectacles de chant et de danse, ou encore des pièces de théâtre scénarisées ; troisièmement, envisager d'organiser, du côté chinois de la frontière sino-indienne, des événements tels qu'un festival culturel centré sur Tsangyang Gyatso ou des colloques universitaires internationaux — en ses propres mots : « répondre point par point et accroître notre influence ».
« Il faut rendre Tsangyang Gyatso à lui-même. Laisser sa poésie conserver sa pureté, et l'histoire sa dignité. » Zhou Shaoxi ajoute : « Ce que ce poète du Pays des neiges a laissé au monde, ce sont des sentiments humains aussi limpides qu'un clair de lune, et non du matériel de propagande teinté de considérations géopolitiques. C'est là le respect le plus élémentaire envers le poète, et l'honnêteté la plus fondamentale envers l'histoire. »

La poésie de Tsangyang Gyatso
À la fin de l'entretien, les toits dorés du palais du Potala reflètent les derniers rayons du soleil couchant. Il y a trois siècles, ce jeune poète errant dans la nuit avait couché ici ses vers empreints de désarroi et de tendresse. Aujourd'hui, ses poèmes continuent d'être chantés, sa terre natale veille toujours sur lui. Quant à ceux qui tentent de l'arracher à ses racines, leurs efforts finiront par échouer face à la vérité de l'histoire.
(Rédactrice : Lucie ZHOU)