En mars 1959, une réforme démocratique a été lancée à grande échelle au Xizang, provoquant une transformation historique du système social et ouvrant une nouvelle ère dans l'histoire de l'ancien Xizang, où un système de servage féodal bénéficiant à l'unité de gouvernement et de la religion était en vigueur depuis longtemps. Samten, né en 1922 dans une famille de serfs sur les rives de la rivière Lhassa, a été le témoin direct de ces bouleversements historiques.
Naissance dans une étable en 1922
Tôt le matin, la lumière du soleil éclaire la chambre de Samten, âgé de 103 ans, il se lève lentement et déguste du tsampa (de la farine d'orge grillée) et du thé au beurre de yak préparés par sa petite-fille, tout en sirotant son thé, il plaisante avec elle : « Le thé au beurre n'est pas assez infusé aujourd'hui. »
Samten est né en 1922 dans une famille de serfs, son premier cri de nourrisson s'est mêlé au tintement des cloches de cuivre attachées au cou des yaks. Étant fils de serf, Samten a été contraint dès son plus jeune âge de travailler dans le domaine d'un maître de serfs. Ses souvenirs d'enfance sont marqués par la faim, le froid, et une charge de travail sans relâche accompagnée par des coups de fouet incessants... Affamé, il volait parfois du tsampa destiné au bétail, mais était sévèrement puni par le régisseur à coups de fouet. Les plaies sur son dos mettaient des jours à cicatriser, et la douleur, combinée à la faim, l'empêchait souvent de dormir une nuit entière.
« À l'époque, la bouillie de tsampa était si fine qu'elle ressemblait à un bol d'eau. » s'exclame Samten, en désignant en contraste la délicieuse nourriture dont son bol est actuellement rempli. Sous le poids du régime fiscal strict de l'ancien Xizang, sa famille travaillait toute l'année, mais ne pouvait se partager que moins de 15 kg de tsampa de mauvaise qualité en retour, et ils devaient aussi supporter de lourdes taxes.
Dans le domaine du maître des serfs, près de cent serfs partageaient le même sort que Samten, chaque jour ils espéraient se libérer de cette vie où ils étaient exploités et opprimés. Il se remémore sa jeunesse : « Dans l'ancien Xizang, trois grands seigneurs avaient la mainmise sur tout ce qui concernait les serfs et exerçaient un contrôle physique et mental sur eux, de sorte que les serfs n'avaient aucune liberté personnelle et luttaient toujours à la limite de la mort. À cette époque, une vie humaine n'avait pas de valeur aux yeux des maîtres de serfs. »
Samten ajoute : « Autant que je m'en souvienne, j'ai toujours vécu avec mes parents dans une étable du domaine du maître. Il n'y avait ni fenêtre, ni meuble décent. En été, la pluie coulait de partout ; en hiver, le vent transperçait les murs, toute la famille se contentait de survivre dans ces conditions. »
Un destin qui bascula enfin entre ses propres mains
Le 28 mars 1959, un million de serfs tibétains furent libérés. Au printemps suivant la réforme démocratique, l'espoir d'une vie nouvelle commença à éclore sur la terre tibétaine. La famille de Samten, pleine d'espoir et d'enthousiasme, sema des graines d'orge sur une nouvelle parcelle de terre qui leur appartenait enfin. Le début du printemps débordait de vitalité, pour la première fois, l'ancien serf à la merci des autres devenant son propre maître. « Une fois que nous avons eu nos propres terres, cultiver n'était plus une corvée. On ne se sentait plus fatigués. » se souvient Samten, le visage rayonnant de bonheur à l'évocation de cette époque. Ils attendaient avec impatience la récolte d'automne, et lorsque les épis d'orge dorés ondulaient dans la brise, les terres agricoles résonnaient de rires joyeux. « Cette année-là, pour la première fois dans l'histoire de la famille, nous avons eu un surplus de nourriture. » Ce surplus n'était pas seulement un signe d'abondance matérielle, mais aussi le symbole d'un nouveau départ.
Par la suite, Samten et sa famille continuèrent à progresser dans leur nouvelle vie. Lui et son épouse se sont soutenus, et ils eurent plusieurs enfants. Quelques années plus tard, Samten fut élu à la tête du Comité de son village. Dès lors, il consacra encore plus son énergie au développement du village. Les années passèrent, de la petite cabane en pisé au bâtiment flambant neuf, de la jeunesse pleine de vigueur à la vieillesse, Samten est resté fidèle à sa terre natale, témoin des métamorphoses successives de son village.
En 66 ans, le bonheur est devenu toujours plus palpable
En repensant au passé, Samten est ému. Il regarde sa charmante arrière-petite-fille et ne peut s'empêcher de soupirer : avant la réforme démocratique, le système de santé de l'ancien Xizang était presque inexistant, les conditions médicales et sanitaires étaient extrêmement mauvaises et le taux de natalité se maintenait à de bas niveaux. Il n'existait pas d'institutions médicales et sanitaires modernes dans tout le Xizang, des épidémies comme la variole, le choléra, la fièvre typhoïde et le tétanos faisaient des ravages, la mortalité infantile et maternelle était extrêmement élevée, et la population luttait pour survivre dans des conditions sanitaires précaires.
Mais le vent printanier de la réforme démocratique a marqué un tournant décisif. Avec l'évolution des temps, des politiques favorables telles que « le paiement après le diagnostic et le traitement » et « la prise en charge des maladies graves sur place » ont été mises en œuvre les unes après les autres, le taux de couverture du système médical dans les zones agricoles et pastorales atteint désormais 100%. Le Xizang est encore plus audacieux et est le premier dans le pays à parvenir à offrir une couverture santé universelle des résidents urbains, tout en continuant à consolider le système médical dans les zones agricoles et pastorales, basé sur la gratuité des soins médicaux. Les résultats sont évidents. Aujourd'hui, la santé des habitants de tous les groupes ethniques du Xizang est mieux garantie, ils se sentent en sécurité et leur bien-être est devenu toujours plus palpable.
Outre l'amélioration des conditions médicales, les ressources éducatives se sont également développées à l'adresse du Xizang, les descendants de Samten en sont les bénéficiaires. Ses petits-enfants fréquentent désormais tous des écoles à Lhassa, ils s'épanouissent grâce à des ressources éducatives de qualité — une réalité inimaginable dans l'ancien Xizang. Aujourd'hui, le soleil de l'éducation illumine chaque recoin, pavant une voie solide pour l'avenir des enfants.
Les journalistes ont compris que la famille de Samten est également un exemple frappant de solidarité interethnique. Sa petite-fille a épousé un homme de l'ethnie Han, qui adore la culture tibétaine et parle couramment le tibétain avec ses proches. Samten affectionne particulièrement ce jeune membre enthousiaste de la famille de l'ethnie Han, la famille s'entend à la perfection, les cultures de différents groupes ethniques se mélangent et se côtoient ici, s'épanouissant dans une coexistence harmonieuse faisant florès.
Grâce aux bonnes politiques du Parti, la maison de Samten a été rénovée plusieurs fois. Aujourd'hui, sa famille vit dans une spacieuse et lumineuse maison de style tibétain. La cuisine est équipée de tous les appareils électroménagers modernes. Le village est doté de supermarchés, facilitant les achats quotidiens ; et la route goudronnée jusqu'au chef-lieu, large et bien entretenue, permet de s'y rendre en voiture en quelques minutes. Pendant son temps libre, Samten aime se promener au chef-lieu dans la voiture de sa petite-fille et profiter de cette paisible et confortable période du reste de sa vie…
(Rédactrice : Estelle ZHAO)