
À Rongchag, sur les hauts plateaux de l'ouest du Sichuan, les montagnes s'étagent comme des traits d'encre et les nuages s'enroulent en volutes. Dans le village de Qiongshan, situé dans le bourg de Bateng, du district de Rongchag, de la préfecture autonome tibétaine de Garzê dans la province du Sichuan, une montagne majestueuse dont la silhouette évoque l'oiseau mythique Peng se dresse, donnant son nom au « Mont Qiong ». À son pied repose l'ancienne résidence fortifiée des Tusi (chefferie autochtone) de Bateng, dont les murs de pierre et boiseries portent l'empreinte de plus de trois siècles de vicissitudes historiques.
Un joyau architectural : la fusion parfaite entre tour de guet et palais
Édifiée initialement en 1702 (la 41e année du règne de Kangxi des Qing), la résidence des Tusi de Bateng est l'un des vestiges architecturaux les plus représentatifs des dix-huit résidences de Tusi de la région du Gyarong. Il ne s'agit pas d'un simple palais, mais d'un vaste ensemble architectural intégrant tours de guet anciennes, palais, temple, salle d'audience, appartements privés et cour carrée. Cette structure à toit plat en pierre et en bois, organisée autour d'une cour carrée, couvre une superficie de plus de 2 000 m² pour une surface bâtie d'environ 3 500 m². Le bâtiment principal, s'élevant sur sept niveaux, constitue une remarquable synthèse des architectures de tour de guet et de palais.
La résidence des Tusi de Bateng, à la structure complexe et ingénieuse, et caractérisée par ses décorations intérieures somptueuses, servait autrefois de demeure aux chefs successifs de Bateng et faisait office de centre d'échanges économiques et culturels. Après avoir traversé les siècles, elle est devenue une empreinte profonde de l'histoire de Rongchag. Reconnue pour ses valeurs historique, artistique et scientifique, elle a été classée en 2007 site patrimonial culturel clé au niveau provincial.

« De nombreux experts ayant visité la résidence des Tusi de Bateng estiment qu'il s'agit de l'une des résidences de Tusi les mieux préservées sur l'ensemble du plateau Qinghai-Xizang », explique Yungdrung Phuntsok du village de Qiongshan. Il rappelle que l'Armée rouge est passée par ici pendant la Longue Marche. Le dernier Tusi de Bateng, Wang Shouchang (ayant comme nom tibétain Nyima Wangdeng), a alors spontanément fourni vivres et matériel aux troupes. En remerciement, l'Armée rouge lui offrit une épée militaire. « Cette épée, je la conserve aujourd'hui dans le musée », précise Yungdrung Phuntsok.
Un gardien passionné : le « directeur » qui a créé un musée dans sa propre maison
Juste derrière et sur le côté de la résidence des Tusi de Bateng, Yungdrung Phuntsok a transformé sa maison familiale centenaire pour y établir un « Musée de la culture du Gyarong ».

Parce qu'il « aime particulièrement » la culture traditionnelle, Yungdrung Phuntsok considère la résidence des Tusi comme un bien culturel irremplaçable à la localité. Il ne se contente pas de collecter des objets, mais s'attache à en découvrir les histoires. Chaque jour, lorsque les anciens du village viennent faire tourner leurs moulins à prière près de la résidence, il les rejoint pour les interroger et écouter leurs récits du passé. Les histoires racontées par ces aînés sont ensuite intégrées, devenant une matière vivante pour la présentation des objets patrimoniaux exposés.
« Au début, quand je collectais ces objets, certains villageois ne comprenaient pas et m'avaient surnommé "le ramasseur de déchets" », relate-t-il avec un certain flegme. Ces malentendus ne l'affectent pas, car à ses yeux, chaque objet marqué par le temps est un trésor inestimable. Autrefois, les articles en cuivre ou en fer étaient souvent réservés aux Tusi, tandis que le peuple utilisait principalement de la poterie, ce qui l'aide à identifier la finalité des pièces. Au fil des ans, il a rassemblé environ trois cents objets patrimoniaux culturels.

Durant ses collectes, des marchands sont venus lui proposer de lui racheter ces « vieux objets », mais il a toujours refusé catégoriquement. « Je veux persévérer dans la collecte de ces précieux objets patrimoniaux culturels, les transmettre à la prochaine génération et continuer à protéger notre culture. C'est aussi une forme de responsabilité pour nous », déclare Yungdrung Phuntsok.
Aujourd'hui, des jeunes de retour au village comme des visiteurs venus de loin viennent ici découvrir ce lieu. La résidence des Tusi de Bateng, cet édifice ancien niché sous « l'aile du Peng », grâce à des gardiens comme Yungdrung Phuntsok, est devenue un espace culturel vivant. Elle consigne sans interruption les échanges et intégrations culturels ayant eu lieu sur cette terre, formant un pont spirituel reliant le passé et l'avenir.



