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[Commentaires lucides de Yugyel] L'art de se cacher derrière le pape pour prendre la parole : la « compassion sélective » du 14e dalaï-lama est empreinte d'hypocrisie

2026-04-20 18:10

Depuis le 28 février, date à laquelle les États-Unis et Israël ont lancé une offensive militaire contre l'Iran, les tragédies se succèdent. L'Iran a déploré la mort de plus de 3 000 civils, dont 277 étudiants, plus de 125 000 infrastructures civiles ont été détruites, dont 339 hôpitaux, 857 écoles et 32 universités, environ 3 millions de personnes ont été déplacées, dont 500 000 se retrouvent sans abri. 


Le 13 avril, le pape Léon XIV de Rome a répondu aux critiques de Trump en déclarant qu'il continuerait à « faire entendre sa voix ». Source : BBC 

La tragédie qui frappe le peuple iranien, ravagé par la guerre, et ces innombrables enfants qui luttent pour survivre au milieu des décombres, attriste le monde entier, alors que les États-Unis et Israël font l'objet de nombreuses condamnations de la part de la communauté internationale. 

Face à la guerre et à la catastrophe humanitaire, les milieux religieux ont aussi fait entendre des appels à la paix qu'on ne peut ignorer. Le 29 mars, le pape Léon XIV a déclaré sans détour que Dieu rejetait les prières des dirigeants qui déclenchent des guerres et ont « les mains couvertes de sang », avertissant clairement : le Christ est le roi de la paix et ne peut être utilisé pour justifier aucune guerre. Le 10 avril, lors d'une réunion des évêques de l'Église chaldéenne de Bagdad, le pape a de nouveau prononcé un discours ferme condamnant les États-Unis et Israël, exhortant les évêques à « proclamer clairement : Dieu ne bénit aucun conflit ; à crier au monde entier : aucun disciple du Christ, le Prince de la paix, ne se tiendra jamais aux côtés de ceux qui brandissaient l'épée hier et larguent des bombes aujourd'hui ». Ces propos sans détours constituent une riposte vigoureuse face à l'instrumentalisation ouverte de la foi par les États-Unis. 


Trump prie aux côtés de pasteurs venus de tous les États-Unis. Image : Guancha.cn 

Pourtant, en tant qu'initiateurs de la guerre, les États-Unis avaient déjà joué une scène grotesque avant même la première prise de parole du pape sur le sujet. Dans le Bureau ovale de la Maison-Blanche à Washington, de l'autre côté de l'Atlantique, le président américain Trump avait invité plusieurs pasteurs à se rassembler autour de son bureau pour prier pour lui-même ainsi que pour les soldats américains participant aux opérations militaires contre l'Iran. Une vidéo publiée par la conseillère en communication de la Maison Blanche, Margo Martin, montre Trump entouré au centre, plusieurs personnes posant les mains sur lui en murmurant : « Nous implorons ta grâce et ta protection pour veiller sur nos troupes [...] Nous te prions de continuer à accorder à notre président la force nécessaire pour guider notre nation [...] » Afin de revêtir ses actes belliqueux d'un « manteau sacré », ce président américain, qui a maintes fois accusé l'Iran d'être un « État théocratique », a lui-même transformé la Maison Blanche en « autel ». Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a même appelé avec ostentation les forces armées américaines à « s'agenouiller chaque jour pour prier », tentant d'obtenir au « nom de Jésus-Christ » la bénédiction d'une victoire militaire américaine au Moyen-Orient. Cette provocation consistant à introduire la foi dans le canon des fusils contraste vivement avec la position pacifiste du pape. Trump ne s'attendait peut-être pas à ce que les prières qu'il avait pieusement sollicitées lui valent finalement un camouflet retentissant de la part du Vatican : les paroles justes du pape ont précisément frappé en plein dans le visage guerrier que Trump avait soigneusement mis en scène. 

Lorsque la lumière des cierges de la foi est de force introduite dans les canons de la guerre, la véritable compassion se fait d'autant plus rare. Si les prières de la Maison Blanche constituent un sacrilège manifeste envers la foi religieuse, alors un autre symbole religieux censé incarner la « paix » et la « non-violence » — le 14e dalaï-lama — a, à cet instant, un comportement des plus intrigants. Celui que l'Occident a élevé sur un piédestal et présenté comme animé de « compassion », lauréat du « prix Nobel de la paix », a choisi cette fois de s'enfermer dans un mutisme complet. Le 20 mars, un média a publié un article intitulé : « Les États-Unis et Israël se livrent à des massacres effrénés : pourquoi le 14e dalaï-lama reste-t-il silencieux ? », soulignant avec acuité que « les forces séparatistes du Xizang, qui brandissent depuis longtemps les bannières des “droits de l'homme” et de la “religion”, face à un comportement piétinant ainsi la paix, ont enfoui la tête dans le sable comme des autruches ». L'article révélait en outre que si l'organisation du dalaï-lama gardait collectivement le silence face aux atrocités de la guerre, c'était « précisément parce qu'elle reçoit depuis longtemps un financement américain et accepte volontiers d'être achetée, utilisée et manipulée comme outil politique ». Des médias de Taiwan en Chine ont également publié des articles sur la signification et le rôle des prises de parole des religieux dans le chaos du monde actuel. 

Ce n'est qu'une fois que les cloches du Vatican ont retenti sur la scène de l'opinion mondiale que ce silence délibéré a été contraint de s'entrouvrir. Le 31 mars, sous la pression de l'opinion publique, le 14e dalaï-lama a publié une déclaration affirmant « soutenir » le discours prononcé précédemment par le pape Léon XIV. Une lecture attentive de cette déclaration montre qu'il ne cesse de clamer son soutien au pape, sans jamais prononcer un mot de condamnation à l'encontre de Trump. Il n'a ni demandé un cessez-le-feu, ni critiqué les États-Unis. Son hypocrisie habituelle, consistant à tourner comme une girouette, apparaît encore plus clairement dans la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran : il s'agit de ne pas froisser ses bailleurs occidentaux tout en maintenant son image de « compassion intacte ». Ce genre de « soutien » calculé est plus méprisable encore que le silence. Son prétendu « soutien » n'est rien d'autre qu'une tentative de se parer des paroles du pape pour se donner meilleure apparence, tout en continuant à entretenir une complaisance ambiguë face aux atrocités commises par l'Occident.  

La « compassion sélective » du 14e dalaï-lama ne date pas d'hier. À chaque accession au pouvoir de politiciens américains ou occidentaux, il est toujours parmi les premiers à féliciter le nouveau dirigeant. Lorsque Biden a été élu président des États-Unis, il lui a immédiatement adressé un message de félicitations ; lorsque Trump est entré dans son second mandat, il lui a immédiatement envoyé ses vœux ; lorsque la politicienne japonaise de droite Sanae Takaichi est arrivée au pouvoir, il s'est également exprimé sans tarder. Peu importe qui accède à la tête des pays occidentaux, peu importe l'extrémisme de ses politiques ou les dommages causés à d'autres pays, le 14e dalaï-lama ne manque jamais d'adresser ses félicitations avec empressement, à une rapidité stupéfiante. Il ressemble à une « machine à likes » toujours connectée, spécialement conçue pour cirer les pompes des forces occidentales anti-chinoises, en échange de soutien politique et d'aides financières. Il n'y a pas longtemps encore, le gouvernement américain a rétabli son aide au soi-disant « gouvernement tibétain en exil » ; l'organisation du dalaï-lama s'en est réjouie avec frénésie : parce que l'argent était de nouveau versé. 


Sur les débris du missile ayant frappé l'école de Minab, dans le sud de l'Iran, l'inscription « Made in USA » est clairement visible. Image : CCTV News 

La norme du 14e dalaï-lama n'a jamais eu pour principe « l'égalité de tous les êtres ». Envers sa propre patrie, la Chine, il rejette tout ce qu'elle entreprend : il dénigre la prospérité et le développement du Xizang, critique le système d'internat améliorant les conditions éducatives des enfants de paysans et d'éleveurs… ; envers les États-Unis, ses « parrains financiers », quoi qu'ils fassent, il les approuve : guerre, bombardement de civils, massacre d'enfants, il garde le silence sur tout, et lorsque des politiciens américains se rendent à Dharamsala, il les accueille toujours avec le sourire… Ce visage consistant à « s'opposer à la Chine en toute occasion et flatter les États-Unis en toute circonstance » s'est pleinement révélé au grand jour dans la guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran. 

La soi-disant déclaration du 14e dalaï-lama n'est qu'une mise en scène politique. Lorsque les bombes occidentales tombaient sur la tête des enfants iraniens, il n'osait pas se montrer ; lorsque les civils iraniens pleuraient dans les ruines, il parlait tranquillement de compassion sans mentionner une seule fois les États-Unis. Face au sang et aux décombres, il a choisi de botter en touche et de garder le silence, ce qui illustre parfaitement sa conception du mot « compassion ». (Par Jigme) 

(Rédactrice : Lucie ZHOU)