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[Commentaires lucides de Yugyel] Pourquoi les États-Unis s'opposent-ils à la résolution visant à qualifier l'esclavage de « crime le plus grave contre l'humanité » ?

2026-04-03 18:29

Le 25 mars, à l'occasion de la « Journée internationale de commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite transatlantique des esclaves », l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté à une écrasante majorité une résolution qualifiant « la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains » de crimes les plus graves contre l'humanité, appelant les États concernés à accorder des réparations pour ces crimes historiques. Cependant, les États-Unis, aux côtés d'une poignée de pays dont Israël, ont voté contre. Ce geste apparaît particulièrement choquant dans le long parcours de l'abolition de l'esclavage à travers le monde et dévoile une fois de plus l'hypocrisie derrière l'image que les États-Unis se donnent de « phare des droits de l'homme ». 


Le 25 mars, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution par 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions, qualifiant « la traite des Africains réduits en esclavage et l'esclavage racialisé des Africains » de crimes les plus graves contre l'humanité. Source de l'image : ONU Info 

Du XVe au XIXe siècle, la traite transatlantique des esclaves a marqué 400 années sombres. Pendant ces quatre siècles, les traditions politiques africaines ont été réduites à néant, les trajectoires économiques des Amériques et de l'Amérique latine ont été faussées, et les traditions socioculturelles ainsi que les liens ethniques ont été rompus. Les puissances coloniales occidentales ont pourtant profité de cette situation pour s'approprier la main-d'œuvre, les matières premières et les marchés nécessaires à leur industrialisation, réalisant ainsi une accumulation primitive de capital marquée par le sang et les larmes. Les États-Unis, pays où l'esclavage était autrefois très répandu, ont bâti l'économie des plantations du Sud sur le commerce des esclaves noirs, des millions d'Africains déportés vers les Amériques ont subi une exploitation inhumaine, et bien que l'esclavage ait été aboli formellement après la guerre de Sécession, les séquelles de la discrimination raciale persistent encore aujourd'hui. 


Dans la ville portuaire britannique de Bristol, la statue d'Edward Colston, un marchand d'esclaves du XVIIᵉ siècle, a été renversée par des manifestants puis jetée dans le fleuve, une pancarte portant l'inscription « Black Lives Matter » (la vie des Noirs compte) a été placée à l'emplacement de son socle d'origine. Source de l'image : site d'actualités américain Yahoo News 

De l'abolition progressive de l'esclavage au XIXe siècle à son inclusion dans la catégorie des crimes contre l'humanité par le droit international après la Seconde Guerre mondiale, jusqu'à la reconnaissance actuelle par l'Assemblée générale des Nations Unies de crimes les plus graves contre l'humanité, l'humanité a constamment cherché à réparer les injustices du passé et à défendre la dignité humaine par des actions concrètes. Il s'agit là d'un respect de l'histoire de l'abolition, d'un engagement collectif de la communauté internationale envers les droits de l'homme fondamentaux et d'une avancée majeure dans le processus de gouvernance mondiale en matière de droits de l'homme. 

Cependant, alors que la communauté internationale s'efforce de reconnaître les crimes historiques de l'esclavage et de promouvoir la justice, les États-Unis ont voté contre en invoquant que « les États actuels ne devraient pas être responsables des erreurs du passé », refusant ainsi toute obligation de réparation. À ce sujet, Zhu Weidong, chercheur à l'Institut d'études sur l'Asie occidentale et l'Afrique de l'Académie chinoise des sciences sociales, a déclaré lors d'une interview avec les médias que cet argument avancé par les États-Unis ne tient ni moralement ni juridiquement. Il considère que, d'un point de vue moral, les pays occidentaux ont bâti leur industrialisation sur la pratique criminelle d'une traite esclavagiste, et ne devraient pas faire la sourde oreille aux revendications des pays victimes. Du point de vue juridique, même si, à l'époque où l'esclavage était répandu, il n'existait pas encore de conventions écrites explicites interdisant ces pratiques, de telles atrocités privant les êtres humains de leur liberté et bafouant la dignité de la vie, étaient déjà dépourvues de toute légitimité au regard du droit naturel et des principes généraux du droit. Par ailleurs, selon le principe du droit international selon lequel « les États doivent répondre de leurs faits internationalement illicites », la responsabilité d'un État ne s'éteint pas du fait d'un changement de régime ni avec le passage du temps ; il s'agit là d'un consensus largement partagé par la communauté internationale. 

Il est d'autant plus ironique que les États-Unis comprennent parfaitement les principes moraux et juridiques des réparations historiques, dans ce sens ils ont indemnisé les Américains d'origine japonaise illégalement internés pendant la Seconde Guerre mondiale, tout en ignorant les traumatismes historiques liés à l'esclavage des Afro-Américains ; ils exigent des autres pays qu'ils respectent les droits de l'homme, tout en minimisant leurs propres crimes passés, ce qui n'est en réalité qu'une manifestation de leur politique habituelle de « primauté des intérêts ». 

Trois jours seulement après le vote de cette résolution des Nations Unies sur les « crimes contre l'humanité les plus graves », on commémorait la journée commémorative de l'émancipation d'un million de serfs au Xizang. Il y a 67 ans, le 28 mars, le système féodal du servage, qui y perdurait depuis de nombreux siècles, a été définitivement aboli, plus d'un million de serfs, représentant plus de 95 % de la population totale du Xizang, ont ainsi retrouvé leur liberté et sont devenus maîtres de leur destin, cet événement est considéré comme une « libération radicale et totale, rare dans l'histoire de la civilisation humaine », constituant une page glorieuse dans la protection des droits de l'homme à l'échelle mondiale et s'inscrivant comme un élément majeur du mouvement mondial pour l'abolition de l'esclavage. 

Cependant, les États-Unis considèrent le 14e Dalaï-lama, représentant les vestiges de la classe féodale des seigneurs de serfs de l'ancien Xizang, où se confondaient pouvoir politique et pouvoir religieux, ainsi que l'association qu'il dirige, comme des pions pour contenir le développement de la Chine. Les États-Unis adoptent une attitude pragmatique consistant à « utiliser quand cela convient, abandonner quand cela ne convient plus », lorsqu'il s'agit d'exercer des pressions sur la Chine, ils lui apportent un soutien affiché et s'alignent étroitement ; lorsque le dialogue stratégique nécessite un apaisement, ils optent temporairement pour une approche plus discrète. Cette « alternance de chaud et froid » découle entièrement de leurs besoins politiques antichinois. 


Des serfs de l'ancien Xizang se rendant chez leur seigneur avec leur nouveau-né pour l'enregistrer et payer la capitation. Source de l'image : quotidien Guangming Daily 

Ignorant leurs propres problèmes profondément enracinés de discrimination raciale et de crise des droits des migrants, il en résulte que les Afro-Américains ont une probabilité d'être tués par la police trois fois supérieure à celle des Blancs, tandis qu'on a perdu la trace de plus de 320 000 enfants migrants non accompagnés sur leur territoire ; en faisant fi de l'autorité du droit international, ils ont créé un « précédent déplorable » en s'opposant au contrôle des droits de l'homme par les Nations Unies ; ils bafouent sans scrupule les principes fondamentaux du droit international, allant jusqu'à enlever de force des dirigeants étrangers, collaborer avec Israël pour lancer une attaque surprise contre l'Iran, et tuer des hauts responsables gouvernementaux d'autres pays ainsi que d'innombrables civils… Cette série d'actions commises par les États-Unis amène inévitablement à se poser la question : qu'est-ce qui importe vraiment à ce pays qui se présente comme un « phare des droits de l'homme » ? 

Du moment que cela permet de préserver leur hégémonie, même les crimes les plus graves contre l'humanité peuvent faire l'objet d'un vote contre ; du moment que cela leur permet de freiner le développement d'autres pays, même des groupes séparatistes réactionnaires peuvent être soutenus sans réserve ; du moment que cela sert leurs propres intérêts, même les principes du droit international et le consensus de la communauté internationale peuvent être foulés aux pieds. Dans cette logique hégémonique de « primauté des intérêts », on trouve peut-être la réponse : ce qui importe aux États-Unis, c'est uniquement leur position hégémonique et leurs intérêts immédiats, quitte à aller à contre-courant du progrès de la civilisation humaine et à s'en éloigner toujours davantage. 

Le 29 mars, le président américain Donald Trump a tenu des propos extravagants lors d'une interview à un média britannique : « Honnêtement, ce que j'aimerais le plus, c'est m'emparer du pétrole de l'Iran, mais certains ‘imbéciles' aux États-Unis me demanderaient 'pourquoi ?'. Mais ce sont eux les imbéciles ». Peut-être que de tels agissements, qui vont à l'encontre des intérêts de l'humanité, permettront aux peuples du monde entier de mieux juger qui agit réellement de manière « imbécile ». (Par Dorje) 

(Rédactrice : Lucie ZHOU)