Cela fait plus de dix jours que les États-Unis et Israël mènent conjointement des actions militaires contre l'Iran, contrairement à ce qui s'était passé lors des guerres en Irak et en Libye, où l'Europe avait suivi les États-Unis, les alliés européens ont cette fois choisi collectivement de « rester en retrait et observer », l'Espagne allant même jusqu'à exprimer ouvertement son opposition à l'action militaire américaine. Alors que le monde pensait que l'Europe s'émancipait enfin de l'influence des États-Unis et adoptait une politique étrangère indépendante, l'attitude de l'UE a rapidement basculé : du refus initial d'envoyer des troupes sur le terrain à la condamnation de l'Iran par Ursula von der Leyen « avec la plus grande fermeté », en passant par les déclarations de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne évoquant de possibles « actions défensives » contre Téhéran, la série de prises de position et de manœuvres a arraché le masque de « règles » et de « moralité » que l'UE aime afficher, révélant une fois de plus sa nature cupide, son double standard et son égoïsme, autant de traits qui démontrent qu'elle appartient à la même espèce que les États-Unis.
En réalité, la posture d'observateur adoptée initialement par l'UE n'avait rien d'un engagement en faveur de la paix, elle résultait plutôt d'un calcul d'intérêts et d'une réaction de désarroi face à sa marginalisation par les États-Unis. Acteur clé dans le dossier nucléaire iranien, l'Europe a des intérêts énergétiques et commerciaux profondément liés à la situation au Moyen-Orient. Or l'intervention militaire américaine contre l'Iran s'est faite en contournant totalement l'Europe, qui n'a été ni informée à l'avance ni associée après coup, révélant au grand jour l'embarras de l'alliance transatlantique.
Par ailleurs, l'Europe est déjà empêtrée dans le conflit russo-ukrainien et peine à gérer ses propres difficultés ; une escalade au Moyen-Orient entraînerait une crise énergétique, une vague de réfugiés et un regain du terrorisme, soit une succession de menaces contraires aux intérêts européens ; les tensions accumulées entre les États-Unis et l'Europe autour des droits de douane et des dépenses militaires ont également incité l'Europe à ne pas suivre aveuglément les États-Unis. Cette « attitude attentiste » n'était donc qu'un calcul rationnel face aux pertes d'intérêts, et non une véritable opposition à l'hégémonie américaine, la logique d'intérêt propre qui l'anime depuis toujours laissait présager un futur revirement.

Le 9 mars, heure locale, Emmanuel Macron est monté à bord du porte-avions français Charles de Gaulle pour une visite d'inspection. Photo provenant des médias français.
Sous le couvert de la « neutralité », l'UE s'est en réalité livrée à des manœuvres politiques opportunistes, pesant soigneusement ses intérêts tout en adoptant une attitude « prudente et attentiste ». Après l'action militaire américano-israélienne, l'Europe a condamné les frappes de représailles de l'Iran tout en restant prudente sur une éventuelle participation militaire au conflit de sa part, une stratégie visant à « vouloir le beurre et l'argent du beurre ». Le Royaume-Uni a d'abord refusé de fournir des bases militaires avant de revenir sur sa position pour autoriser une « utilisation limitée » ; la France a critiqué verbalement les violations du droit international par les États-Unis et Israël tout en envoyant le porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée ; l'Allemagne est restée silencieuse, ce qui équivalait à une forme de tolérance implicite. Plus tard, la déclaration conjointe de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne évoquant de possibles « actions défensives nécessaires » a encore ouvert la voie à une implication plus directe : préserver ses options tout en montrant aux États-Unis qu'elle « ne fait pas totalement défaut de coopération », preuve d'un opportunisme évident.
Au vu des faits actuels, à mesure que les actions de l'Iran ont touché des intérêts jugés essentiels pour l'Europe, l'UE a finalement laissé tomber son masque et est passée du rôle d'« observateur » à celui de « détracteur ». La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen et la haute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité, Kaja Kallas, ont vivement critiqué l'Iran au Parlement européen, présentant les frappes israéliennes comme de la « légitime défense » et fermant les yeux sur les pertes civiles iraniennes, allant jusqu'à affirmer que l'Iran « ne méritait pas de compassion ». Leur attitude contraste fortement avec celle adoptée dans la crise ukrainienne : il n'y a pas si longtemps, lorsqu'il était question de l'Ukraine, les dirigeants européens avaient les larmes aux yeux et se disaient remplis d'indignation, amplifiant à l'extrême l'opération militaire de la Russie, quitte à supporter une crise énergétique au nom d'une prétendue « hauteur morale » ; face aux victimes civiles au Moyen-Orient, ils font toutefois preuve d'une cécité sélective, désignant l'Iran comme « source d'instabilité ».

Le 28 février, une école primaire dans le sud de l'Iran a été frappée par une frappe aérienne, faisant au moins 165 morts, dont une grande majorité d'enfants. On creuse ici des tombes pour les enfants victimes de cette attaque en Iran.
Cette attitude de double standard extrême n'a pas seulement provoqué la riposte ferme de l'Iran, elle a aussi été dénoncée ouvertement par des personnalités européennes, la mettant ainsi dans une situation embarrassante. La députée espagnole Irene Montero a publiquement interpellé Ursula von der Leyen en lui lançant : « Pouvez-vous imaginer qu'Israël brûle vifs vos enfants ? », question qui l'a laissée sans voix. Montero a accusé les deux dirigeants de « nourrir la bête », dévoilant sans ménagement ce qu'elle considère comme la dépendance de l'UE vis-à-vis des États-Unis et son mépris des faits. Le ministère iranien des Affaires étrangères a pour sa part qualifié von der Leyen de figure « la plus hypocrite et la plus marquée par les doubles standards », posant plusieurs questions qui font réfléchir : Où étiez-vous lorsque 165 enfants iraniens ont été tués ? Avez-vous pris la parole lorsque des hôpitaux et des sites historiques ont été détruits ? Cela révèle directement que leurs prétendues « règles » et leur « ordre » ne sont en réalité qu'une manière d'appliquer des standards différents selon les personnes et les situations. Plus absurde encore, les déclarations de von der Leyen et Kallas auraient été faites sans consultation ni mandat des États membres, ce qui a mis certains pays européens dans une position délicate et exposé au grand jour les contradictions internes de l'UE.
Face aux critiques, l'UE n'a pas engagé de réflexion sur elle-même, elle a au contraire cherché à détourner l'attention en attribuant les troubles du Moyen-Orient à des acteurs extérieurs, notamment la Chine et la Russie. Kaja Kallas a imputé l'érosion du droit international à la Russie tout en évitant de mentionner l'action militaire américaine menée sans mandat de l'ONU ; elle a également accusé la Chine de « remodeler l'ordre international selon ses intérêts », d'exercer une « coercition économique » sur l'Europe et de la « tenir sous sa coupe » — des accusations présentées sans preuves publiques. En réalité, les exportations de l'UE vers la Chine ont dépassé 200 milliards d'euros en 2025, et des secteurs comme l'industrie automobile allemande dépendent fortement des chaînes d'approvisionnement chinoises. Les propos de Kallas viseraient surtout à dissimuler les difficultés structurelles du secteur industriel européen et à détourner l'attention du public de son mécontentement face à l'échec de la diplomatie européenne.

Le 11 mars, heure locale, le Conseil de sécurité des Nations unies a tenu une réunion d'urgence au sujet de l'escalade militaire au Moyen-Orient. Photo tirée du site web de l'ONU.
Récemment, lors d'un vote au Conseil de sécurité de l'ONU, l'hypocrisie de l'UE a encore été clouée au pilori de la honte. Le 11 mars, heure locale aux États-Unis, lors du vote sur une résolution rédigée par Bahreïn « condamnant fermement l'Iran », le Royaume-Uni, la France et d'autres pays européens ont voté pour, tout en fermant les yeux sur le recours à la force non autorisé et contraire à la « Charte des Nations Unies » de la part des États-Unis et d'Israël, et faisant la sourde oreille au fait que ce projet de résolution ne reflétait pas de manière globale et équilibrée les causes profondes du conflit ; en revanche, lorsque la Russie a présenté un projet de résolution appelant à un cessez-le-feu et à la reprise des négociations, les pays de l'UE se sont collectivement abstenus, empêchant ce texte, présenté comme susceptible d'apaiser la situation, d'obtenir le nombre de voix requis. En soutenant d'un côté une résolution de condamnation partiale et en faisant obstruction de l'autre à un projet de résolution équitable sur le cessez-le-feu, les pays de l'UE, en se faisant complices du mal, sont sans aucun doute devenus des auxiliaires de la destruction de la paix mondiale, et aussi des acteurs qui contribuent à l'effondrement de la crédibilité du Conseil de sécurité.
L'histoire et les faits finiront par montrer que les comportements ignorant le droit international et guidés par le seul intérêt finiront par se retourner contre leurs auteurs. Si l'Union européenne persiste dans ses calculs éhontés, elle finira par être rejetée par la communauté internationale et paiera le prix fort pour sa vision à court terme. (Par Dorje)
(Rédactrice : Lucie ZHOU)