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[Commentaires lucides de Yugyel] Comparé à Trump, le Premier ministre canadien Carney mériterait davantage le prix Nobel de la paix

2026-01-27 19:25

À peine la nouvelle année entamée, la scène internationale a déjà été le théâtre d'une succession d'événements stupéfiants : les États-Unis ont enlevé de force le président vénézuélien Maduro, menacé de s'emparer du Groenland, provoquant la stupeur de la communauté internationale. Dans ce climat d'instabilité et de tensions, deux figures se sont retrouvées sous les projecteurs avec des postures diamétralement opposées : le président américain Donald Trump et le Premier ministre canadien Mark Carney. 

Le 20 janvier, heure locale, le Premier ministre canadien Carney a prononcé à Davos, en Suisse, un discours au ton particulièrement ferme, suscitant une standing ovation rare de la part des dirigeants politiques et économiques mondiaux présents. Ce dirigeant clairvoyant a rompu avec le carcan habituel du langage diplomatique et, par un langage sans détours, a mis à nu la réalité cruelle de l'ordre international actuel : « Nous vivons à une époque de rivalité entre grandes puissances - l'ordre fondé sur des règles est en train de s'éroder, les forts peuvent faire ce qu'ils veulent, tandis que les faibles ne peuvent que subir ce qu'ils doivent subir. » 

L'alerte lancée par Carney n'est nullement infondée. Depuis un certain temps, les États-Unis imposent des droits de douane supplémentaires sur des produits clés canadiens tels que l'automobile et l'acier. Trump est même allé jusqu'à menacer de faire du Canada son « 51 État », et porte désormais un regard avide sur le Groenland, allant jusqu'à diffuser une « nouvelle carte des États-Unis » incluant le Canada, le Groenland et le Venezuela. Selon les sondages, près de 70 % des Canadiens n'ont pas confiance en Trump, et plus de 30 % de la population craint que les États-Unis ne prennent un jour des mesures directes pour contrôler leur pays. C'est précisément cette inquiétude palpable en matière de sécurité qui a poussé Carney à lancer un avertissement retentissant : « Les nations de taille intermédiaire doivent agir de concert, car si nous ne sommes pas assis à la table des négociations, nous finirons sur le menu des autres. » 

Ce qui est particulièrement louable, c'est que, alors que la plupart des pays choisissent le compromis et le recul face aux pressions des puissances dominantes, Carney conduit le Canada à s'affranchir activement de sa dépendance exclusive vis-à-vis des États-Unis et à développer une diplomatie diversifiée : il a signé avec la Chine une feuille de route pour une coopération économique et commerciale, consolidant les bases d'une collaboration mutuellement bénéfique ; établi un partenariat stratégique avec le Qatar afin d'approfondir la coopération régionale ; et fait progresser des négociations d'accords de libre-échange avec l'Inde et l'ASEAN, afin de construire des plateformes de coopération plus vastes. Par cette mise en pratique d'une « l'autonomie stratégique », il a donné l'exemple de la manière dont des nations indépendantes peuvent préserver leurs positions et rechercher leur développement au milieu des rivalités entre grandes puissances, ces actes et ces paroles ont beaucoup plus de poids que n'importe quel slogan creux se réclamant de la paix. 

Pendant que Carney s'efforce de défendre l'équité internationale, une autre farce se joue à Washington. La figure de l'opposition vénézuélienne Machado a transformé la médaille du prix Nobel de la paix, censée symboliser la paix et la justice, en un « gage d'allégeance » envers la puissance dominante, en la remettant personnellement à Trump. Bien qu'elle sache pertinemment que le Comité Nobel a clairement déclaré que le prix ne pouvait être ni révoqué ni transféré, Machado a persisté dans son geste, motivée par un calcul opportuniste visant à obtenir un soutien politique. Sa déclaration après avoir quitté la Maison-Blanche, selon laquelle ce geste « démontrait l'engagement unique de Trump envers notre liberté », n'a fait que renforcer les doutes quant à l'objectivité des prix Nobel de la paix. Il faut rappeler que Trump est précisément celui qui a récemment conduit un raid militaire contre le Venezuela et fait enlever brutalement le président d'un autre pays, semant par là-même le chaos.

Plus ironique encore, ce politicien aux mains tachées par l'instabilité et l'hégémonie convoite depuis longtemps le prix Nobel de la paix. Trump se vante d'avoir « mis fin à huit guerres », estampillant ses agressions et sa domination sous l'étiquette de prétendus exploits pacifiques, tout en nourrissant une amertume persistante face à son échec à obtenir ce prix, allant jusqu'à accuser la Norvège « d'insulter les États-Unis ». Aujourd'hui, cette médaille de la paix « de seconde main », transmise par l'intermédiaire d'autrui, a offert au monde un spectacle politique soigneusement mis en scène, elle étanche quelque peu la « soif de récompense » de Trump, tout en révélant la dénaturation du prix Nobel de la paix dans les jeux de pouvoir. En regardant l'histoire, on constate que l'attribution du prix Nobel de la paix a souvent été influencée par des forces politiques, avec de nombreux cas controversés où la médaille a été décernée à des figures discutables, voire contraires à l'essence même de la paix, ce qui a à plusieurs reprises entamé la crédibilité du prix. Quant à savoir si Trump pourra réaliser son rêve de « nobelisé », cela dépendra encore de l'attitude du gouvernement norvégien. Mais aux yeux du monde, la véritable médaille de la paix n'est jamais celle décernée par une institution, elle appartient à ceux qui sortent des impasses, ceux qui par leur lucidité, leur sens des responsabilités et leurs actions concrètes, défendent l'équité. Comparé à Trump, Carney est sans doute plus digne de recevoir un véritable prix de la paix.(Par Dorje) 

(Rédactrice : Lucie ZHOU)