« L'herbe des pâturages de la montagne a jauni, les feuilles des arbres sont tombées en contrebas des montagnes. Si seulement le coucou était une hirondelle, comme ce serait bien qu'il vole jusqu'à Monyul ! » Depuis plus de trois siècles, les vers de Tsangyang Gyatso se transmettent de génération en génération à travers la Chine, ils incarnent à la fois un attachement personnel à sa terre natale et cristallisent les gènes culturels de la nation chinoise. Pourtant, la vie et la poésie de ce personnage légendaire ont longtemps été entachées d'interprétations sensationnalistes et de lectures erronées, allant jusqu'à devenir, pour certains animés d'arrière-pensées, un outil d'ingérence dans les affaires intérieures de la Chine.

Mus par notre quête de la vérité historique, nous avons mené un entretien exclusif avec Pasang Norbu, ancien vice-président de l'Académie des sciences sociales de la région autonome du Xizang et président d'honneur de l'Association de recherche culturelle Tsangyang Gyatso du Xizang. Né à Cona et profondément enraciné dans la région de Monyul, ce chercheur a, des décennies durant, parcouru les traces laissées par Tsangyang Gyatso, étudié minutieusement les sources originales en tibétain, et, grâce à des recherches approfondies, nous a restauré une image authentique de Tsangyang Gyatso, mettant en lumière l'appartenance chinoise de cet héritage culturel.
« En ce qui concerne Tsangyang Gyatso ainsi que son histoire et sa culture, la seule partie qui soit la plus qualifiée, qui dispose des meilleures conditions et qui ait le droit le plus légitime de s'exprimer, c'est la Chine. »
Le 3 décembre, l'Inde a organisé dans la région de Tawang, située dans le pseudo « État de l'Arunachal Pradesh », une « conférence internationale » consacrée à la portée culturelle et historique de Tsangyang Gyatso, le sixième Dalai Lama. Cette initiative a suscité une vive condamnation de la part des milieux universitaires chinois. En tant que fondateur et président d'honneur de l'Association de recherche culturelle Tsangyang Gyatso du Xizang, Pasang Norbu a pris la parole : « Il ne s'agit en aucun cas d'un simple échange historique et culturel, mais d'une farce politique aux intentions malveillantes, une provocation flagrante à l'encontre de la souveraineté territoriale de notre nation. »

« En ce qui concerne Tsangyang Gyatso ainsi que son histoire et sa culture, la seule partie qui soit la plus qualifiée, qui dispose des meilleures conditions et qui ait le droit le plus légitime de s'exprimer, c'est la Chine. »
Cette assurance repose sur des faits historiques solides et sur des années de travail académique approfondi. Spécialiste de longue date de l'histoire et de la culture du Monyul ainsi que des études sur Tsangyang Gyatso, Pasang Norbu, avec ses collègues, s'est consacré pendant de nombreuses années à des recherches approfondies, allant de l'examen critique des sources historiques aux enquêtes de terrain, construisant une base solide de connaissances par une pratique scientifique exigeante. Il a successivement rédigé et publié plusieurs ouvrages, dont Le statut historique et juridique de Monyul ; Monyul, le paradis caché et Brève biographie de Tsangyang Gyatso, il a également publié des dizaines d'articles, de traductions et de travaux de recherche, de plus, il a initié la création de l'Association de recherche culturelle Tsangyang Gyatso du Xizang, consacrant l'ensemble de son énergie à la préservation et à l'étude de cet héritage culturel.
« Lorsqu'on parle du paradis caché de Monyul, on ne peut éviter d'évoquer Tsangyang Gyatso. »
Le lien entre Pasang Norbu et Tsangyang Gyatso est depuis longtemps enraciné dans la terre de leur pays natal.
« Je suis originaire de Cona, tout près de Monyul, et dès mon enfance j'entendais souvent parler des productions et des coutumes de Monyul. » Les recherches de Pasang Norbu ont d'abord commencé avec l'événement historique de l'exil du prince Zangma à Monyul à la fin de la période du royaume Tubo. Son intérêt pour Tsangyang Gyatso n'était au départ qu'un complément à ses études sur Monyul. Cependant, ce sont précisément ces enquêtes de terrain complémentaires qui lui ont permis de mieux comprendre l'attachement profond de Tsangyang Gyatso à sa terre natale : « Lorsqu'on parle du paradis caché de Monyul, on ne peut éviter d'évoquer Tsangyang Gyatso. »
Pasang Norbu explique que Tsangyang Gyatso est né au palais Shar Cuobai Kar, situé à Lawo Yulsung, dans la région de Monyul (aujourd'hui Wujinlin, dans la région de Monyul au Xizang). Son lignage paternel est issu de la famille de Padma Lingpa, grand maître « découvreur de trésors bouddhiques » de l'école nyingmapa, du côté maternel, il descend des anciens Tsenpo du royaume de Tubo.

Selon des recherches fondées sur les sources historiques, Tsangyang Gyatso et son entourage se rendirent autrefois de Wujinlin à Monyul jusqu'à Cona Dzong, où ils séjournèrent pendant une période assez longue. Lors de sa première visite de l'ancienne résidence, Pasang Norbu a documenté la scène qui s'offrait à lui et a mobilisé les responsables locaux afin d'obtenir des fonds pour l'entretien et la restauration de ce lieu, permettant ainsi à ce précieux vestige historique de se conserver jusqu'à aujourd'hui.
Hormis son ancienne résidence située dans le chef-lieu du district, Pasang Norbu s'est aussi spécialement rendu sur un autre site archéologique à Yamarong, un village situé à cinq kilomètres au sud-ouest du chef-lieu, que les habitants appelaient alors de manière informelle le « palais de séjour ». À travers des entretiens menés avec plusieurs anciens du village, notamment Tseten, Yeshi Lhadron et Yeshi Tsering, ainsi qu'une lecture approfondie et répétée des sources historiques correspondantes, Pasang Norbu a clairement pu affirmer que : « la dénomination de “palais de séjour” n'est pas exacte ; ces deux sites devraient tous deux être appelés des anciennes résidences. »
Ces traces intimement liées à sa terre natale ont également profondément imprégné sa création poétique. À l'âge de 11 ans, Tsangyang Gyatso a composé son célèbre poème Hymne à Hayagrīva, aujourd'hui inclus dans La biographie du Sixième Dalai Lama Tsangyang Gyatso · Les brillants épis d'or. Dans ses recherches, Pasang Norbu a constaté que la grande majorité des poèmes de Tsangyang Gyatso adopte une forme en trois strophes de quatre vers de six syllabes, avec une langue proche de la vie quotidienne et du parler populaire, alliant une aisance artistique naturelle à une riche musicalité.
« Ils prennent la culture pour un chiffon et s'en servent pour frotter partout où bon leur semble, sans aucun sens des responsabilités. »
Face à l'« engouement des études sur Tsangyang Gyatso », tant en Chine qu'à l'étranger, Pasang Norbu conserve un regard lucide et critique. Ce qu'il observe n'est pas seulement une prospérité académique, mais aussi une déformation de la réalité historique.
« Nombre de recherches, motivées par une curiosité sensationnaliste, altèrent consciemment ou non la vérité historique, elles transforment un personnage historique bien réel en figure littéraire ; d'autres, animées par une ferveur religieuse, modifient volontairement ou involontairement l'image d'un homme ordinaire pour en faire une divinité mystérieuse errant de lieu en lieu. » À ses yeux, cela est « profondément injuste » pour Tsangyang Gyatso en tant que personnage historique.
Ce qu'il trouve tout à fait intolérable, c'est que, ces dernières années, certaines personnes animées d'arrière-pensées présentent avec aplomb des histoires totalement infondées, inventées de toutes pièces et sans fondement, en les enjolivant à l'excès. « Ils prennent la culture pour un chiffon et s'en servent pour frotter partout où bon leur semble, sans aucun sens des responsabilités. »
« Je n'ai aucune intention de m'échiner à fabriquer des bougies à une époque déjà éclatante de lumières. » Pourtant, afin de rectifier ces erreurs et de « raconter au public des récits méconnus », Pasang Norbu, malgré son âge avancé, est retourné à de nombreuses reprises à Cona pour y mener des enquêtes de terrain, utilisant les résultats de ses recherches et les sources historiques pour réfuter les propos erronés.
Il ajoute encore : « Dans la région natale de Tsangyang Gyatso, les habitants ont toujours évoqué avec simplicité la peine et les difficultés de son humble exigence, même si cela ne correspond pas toujours exactement aux faits historiques, c'est peut-être pour Tsangyang Gyatso une forme de consolation. »
À l'intention des jeunes chercheurs, Pasang Norbu adresse enfin une recommandation sincère : « Les jeunes d'aujourd'hui surpassent largement l'ancienne génération par leurs capacités, l'étendue de leurs échanges et leur ouverture d'esprit, qui sont des atouts indéniables. Mais dans la maîtrise des sources en langue tibétaine, ils sont en retrait par rapport à leurs prédécesseurs, s'appuyant excessivement sur les travaux d'autrui et négligeant la valeur des matériaux originaux. » Il souligne que, pour approcher véritablement la vie réelle et le monde intérieur de Tsangyang Gyatso, il est indispensable d'étudier avec diligence les sources tibétaines originales le concernant, ainsi que celles de ses contemporains. Ce n'est qu'en s'enracinant dans les sources primaires que la recherche peut être solide et restituer le visage authentique de l'histoire.
La portée de cette exigence académique dépasse depuis longtemps le seul cadre des études historiques et littéraires. La culture de Tsangyang Gyatso circule naturellement entre les différentes ethnies et s'y est profondément enracinée, devenant un lien spirituel qui les unit. En restituer l'authenticité et en préserver l'héritage, c'est préserver les fondements culturels inébranlables de la nation et préserver la lignée spirituelle transmise de génération en génération sur cette terre. (Par Dorje)
(Rédactrice : Lucie ZHOU)